Publié le 30 Septembre 2011

 

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  Avec un enfant, le meilleur, c'est quand on le fait.  
(Alphonse Allais) 
Les enfants, c'est comme les pets, on ne supporte que les siens.  
(Fernando)
 
 

Ce moment d'éducation littéraire de Maxime méritait d’être notée, car il n’y eut pas de seconde fois. Pour ne rien cacher, la scolarité du neveu, l’an dernier est progressivement partie en live.

Au moins pour trois raisons. Ce jeune homme a les plus grandes peines du monde à se lever, impossible de le faire asseoir à une table pour faire le minimum de travail personnel, quant à ce qu’on doit normalement apprendre à l’école, il semble que le bordel régnant dans sa classe et les absences récurrentes de professeurs excédés, n’aient rien arrangé à l’affaire.

 

Sur la question du réveil, précisons que, n’ayant pas de chambre pour l’héberger, les oncles installèrent le neveu dans leur « extension », un deuxième appartement dans l’immeuble, où ce dernier dispose d’une autonomie pour l’heure de toute évidence excessive.

 

Sa mère, une très mauvaise dormeuse depuis qu’elle a engendré, a confirmé que Maxime avait toujours eu des problèmes pour s’endormir, et forcément donc pour... se réveiller. A ce mauvais terrain se rajoutait peut-être un reliquat d’activité hormonale de l’adolescence, les écrans dont notre époque a équipés tous les jeunes et les bringues du week-end. 

Un collègue de travail déniaisé par son fils a évoqué l’hypothèse forte d’une surconsommation de beu. Malgré la boite vide toute grasse et odorante que j’ai trouvée dans la chambre et qui a depuis disparu, Max a juré ses grands dieux qu’il ne fumait jamais en semaine. J’ai aussi fortement soupçonné la copine du moment de le rejoindre régulièrement dans son lit, avec l’activité nocturne qu’on imagine à cet âge. Même démenti un peu plus hésitant, en dépit de la boite de pilules sur une étagère et qui elle aussi, s’est évanouie peu après.

 

Passage quasi automatique en classe supérieure oblige, le neveu fut pourtant admis à rejoindre la terminale.

Le garçon pas fini certes, mais étant de commerce plutôt agréable, et son entourage n’ayant aucune carte de rechange à lui proposer hormis l’envoyer bouffer de la vache enragée sur le marché du travail  chômage, les oncles viennent de rempiler pour un an. Non sans conditions.

 

 

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Watching TV, Olivier Culman /Tendance Floue - Vu à Arles (août 2011)

 

 

Conformément à la volonté de Maxime, changement de bahut, du Privé sous contrat à effectif ridicule, véritable scandale en ces temps de vaches maigres pour l'éducation nationale, mais dont il devrait pouvoir profiter. Travail personnel à planifier et à effectuer chez nous, argent de poche réduite afin qu’il bosse un peu s’il veut être moins raide, inscription à un club de sport, etc.

 

Ecole derrière chez nous, emploi du temps de rêve, Dans son nouveau lycée, le positif paraît l’emporter sur le négatif. Maxime s’est (re)mis au piano avec opiniâtreté et le dossier « tennis » frémit. Qu’il se mette enfin à faire un peu de travail personnel en recourant si nécessaire à son oncle, et on pourra se réjouir d’avoir tenu.

En fait, c’était trop beau pour être vrai...

 

 « Putain ! Ils auraient pu m’informer, on aurait gagné du temps. » Me suis-je écrié lorsque sa mère m’a livré au téléphone le contenu du courrier qu’elle venait de recevoir du lycée : trois matinées d’absence à justifier.

Il me fallut donc annoncer à ce jeune homme l’utilisation de nos dernières cartouches: « à la prochaine panne de réveil, on ferme l’appart pendant une semaine et tu coucheras dans le salon quand on voudra bien nous-mêmes rejoindre la chambre ; si tu remets le couvert, on s’emmerdera pendant deux semaines, à la troisième récidive, on reparle de ta présence à Paris. Il faut que tu aies quelque chose d’important à perdre si tu ne te lèves pas. Note au passage qu’on est presque autant punis que toi. »

 

 

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Jeff Koons the love that dare not squawk its name

pour le New York Times - Vu à Arles

 

 

Sur ce, je partis me calmer à un cours de yoga ou de body balance.

Plus de Vélib comme trop souvent (« Decaux au boulot ! »), direction la station de métro.

 

Lorsque j’ai croisé sur le chemin ma première femme enceinte, j’ai pensé à la fille d’une amie qui venait de se séparer du père en même temps qu’elle accouchait. Intérieurement, j’interpellai la future mère : « J’espère que tu ne vas pas faire la même connerie, crois-moi que deux est un minimum pour élever un gosse - sans le soutien de Gabriel, j’aurais sans doute pété un câble, alors même que ce n’est pas mon fils. »

A la 3e femme enceinte croisée, j’ai pensé frénésie reproductive locale, exception démographique française et j’ai failli hurler : « Stop ! Le mois prochain, on est 7 milliards, il faut d’urgence se calmer les filles ! »

Le temps d’accéder à la bouche de métro et je croisai ma quatrième femme enceinte jusqu’au nez. « Pardonnez leur Seigneur, car elles ne savent pas ce qu’elles font ! » est la seule phrase qui m’est venue à l’esprit.

 

Dès le lendemain matin, me prenant au mot après mon coup de fil de la veille, le CPE du lycée m’annonçait au téléphone que Maxime avait été absent la veille toute la matinée.

 

Inspirer profondément, souffler... Inspirer, souffler...

 

Ce jour-là, le neveu acheva de m’énerver en se pointant tard dans la soirée pour faire son déménagement.

Après une mauvaise nuit, je terminai la journée avec la réunion de parents de son école.

Tandis que je préparais le dîner, Maxime débarqua avec la gorge douloureuse et une forte fièvre. Le salon n’étant pas idéal pour guérir vite, la sanction était suspendue jusqu’à son rétablissement.

 

Le lendemain matin, impossible d’avoir un rendez-vous chez un médecin dans le quartier, j’appelai, le numéro des urgences médicales de Paris pour avoir une visite à domicile, puis j’ai fait le gentil garde-malade dans l’espoir qu’il soit de nouveau opérationnel le lendemain.

 

« Parents épuisés par votre ado, qu'attendez-vous pour le confier à sa tata et à son mari ? »

 

 

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Erwin Olaf Young gay rites pour le New York Times 

 

 

« Yes !  Mission accomplie ! » Maxime s’est levé seul, a pris un petit déjeuner, est allé au lycée.

Quoiqu’on se fût dit avec Gabriel que dans moins d’un an on rigolerait de tout ça, en attendant, j’ai relu les premières lignes du Manuel du  stoïcien Epictète :

 

Parmi les choses qui existent, certaines dépendent de nous, d’autres non. De nous, dépendent la pensée, l’impulsion, le désir, l'aversion, bref, tout ce en quoi c’est nous qui agissons ; ne dépendent pas de nous, le corps, l’argent, la réputation, les charges publiques, tout ce en quoi ce n’est pas nous qui agissons.
Ce qui dépend de nous est libre naturellement, ne connaît ni obstacles, ni entraves ; ce qui n’en dépend pas est faible, esclave, exposé aux obstacles et nous est étranger.

 

Donc, rappelle-toi que si tu tiens pour libre ce qui est naturellement esclave et pour un bien propre ce qui t’est étranger, tu vivras contrarié, chagriné, tourmenté ; tu en voudras aux hommes comme aux dieux ; mais si tu ne juges tien que ce qui l’est vraiment - et tout le reste étranger -, jamais personne ne saura te contraindre ni te barrer la route ; tu ne t’en prendras à personne, n’accuseras personne, ne feras jamais rien contre ton gré, personne ne pourra te faire de mal et tu n’auras pas d’ennemi puisqu’on ne t’obligera jamais à rien qui pour toi soit mauvais.

 

Epictète - Ce qui dépend de nous chez Arléa

 

 

 
Et maintenant on va où ?

 

Vous avez beau parfois me casser un peu les couilles, grâce à Nadine Labaki, femmes, je vous aime encore davantage.

Dans son film « Et maintenant on va où ? » les femmes d’un village isolé du Liban multiplient les stratagèmes pour empêcher leurs hommes de reprendre les armes. On pense à la comédie d’Aristophane, Lysistrata (la grève du sexe).

Encore tout étonné d’avoir entendu la descente unanime des journalistes du Masque et la Plume, franchement « peine à jouir » sur ce film !

 

Et maintenant on va où ? Le Monde du 13/9/2011

 

 

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Ralf König Lysistrata

 

« Bob, tu es gay ! Tu vois un psy ? »

 

« Ma tante Lauraine m’a dit : « Bob, tu es gay ! Tu vois un psy ?

Je lui ai répondu : « Non, un lieutenant de marine. »

Bob Smith

 

Le rire de résistance - Théâtre du Rond-Point et Beaux-Arts Editions 2010

 

 

  One minute puberty Alexander Gellner

 

 

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