Publié le 8 Juin 2021

Spot TV sur la vaccination - Le rugbyman

Les libertés publiques vont être convalescentes, et il va falloir veiller à cette convalescence. 

Mathieu Potte-Bonneville

Tom Bianchi Polaroïds 1975-83
Tom Bianchi Polaroïds 1975-83

 

La campagne vaccinale suit son cours au pas de charge dans notre pays tandis que les indicateurs épidémiologiques et hospitaliers continuant leur décrue rassérénante, demain seront allégées les plus contraignantes restrictions de nos libertés.

Depuis le 12 mai tous les Français majeurs, c'est à dire âgés de plus de 18 ans, peuvent se faire vacciner, et ce quel que soit leur état de santé. Au-delà de la problématique d’écouler les stocks de vaccins et de ne pas perdre des doses, on peut se demander pourquoi on presse les plus jeunes (à partir de 12 ans dès le 15 juin) à se faire vacciner alors qu’ils appartiennent à une catégorie d’âge présentant un risque négligeable de formes sévères du Covid (les rares cas recensés concernent des jeunes qui souffraient de comorbidités ou de déficits immunitaires) ?

Car enfin, si la vaccination est efficace pour les personnes à risques, pourquoi les autres devraient-elles se voir imposer la vaccination ? Une vieille question que j’avais posée, bien avant l’épidémie de Covid-19, à Gabriel et Colette, plutôt défenseurs des vaccinations obligatoires. « C’est une condition de son efficacité, m’avaient-ils répondu, pour atteindre l’immunité collective qui fera disparaître la maladie ». Pas vraiment convaincu, j’avais alors fouillé le web pour finalement trouver une entrevue d’Alain Fischer (le président du Conseil d'orientation de la stratégie vaccinale contre la pandémie de Covid-19, déjà lui), qui justifiait la suppression de la liberté individuelle de se faire ou non vacciner par la protection due aux personnes qui ne peuvent l’être parce qu’elles sont immunodéficientes : « se vacciner, c'est protéger les personnes fragiles, les 200.000 nourrissons de moins de 3 mois qui peuvent être contaminés par la coqueluche via leur entourage, mais aussi toutes les personnes atteintes de maladies chroniques ou auto-immunes, ainsi que les personnes âgées et celles en situation précaire qui renoncent aux soins. ». J’avais trouvé alors l’argument acceptable par son altruisme mais discutable du point du vue de la liberté qu’il nous laissait.

Qu’en est-il de la justification de la quasi obligation vaccinale contre ce coronavirus ? Pour Alain Fischer : « En termes d’immunité collective, il est logique de vacciner les enfants (...). Pas tellement pour les protéger, car ils ne font pas de grippes sévères, mais pour limiter la diffusion du virus à leurs grands-parents ». Or ces grands-parents que l’on veut protéger, devraient être vaccinés, non ? Alors, efficace ou non ces vaccins anti-covid ? Et retour à ma vieille question…

Il faut dire que l’objectif de couverture vaccinale est devenu énorme pour essayer d’atteindre une immunité collective passée de 60 % à 80-90 %. En effet, l'Académie nationale de médecine recommande un taux de couverture vaccinale assurant « une immunité collective suffisante pour contrôler l'épidémie, soit 90 % de la population adulte ou 80 % de la population totale (enfants inclus) » et pour y parvenir de rendre la vaccination obligatoire.

 Selon Yves Van Laethem, le porte-parole interfédéral belge, on doit tendre vers cet objectif très élevé de manière à « aider ceux qui ont refusé la vaccination ou ceux qui ont reçu le vaccin mais chez qui il aura «moins bien pris» (N.D.L.R.: parce que leur système immunitaire est moins bon) mais aussi pour diminuer l’apparition des variants.»

En fait, au travers de cet objectif d’immunité collective par la vaccination, il est tout bonnement visé l’objectif prométhéen de disparition du virus et de ses variants, puisque « l’immunité collective signifie qu’au-dessus d’un certain seuil d’individus vaccinés les virus ne rencontrent plus suffisamment de personnes à infecter, ce qui les empêche de se répliquer et de continuer à circuler. »

 

 

Cet objectif est une gageure, car si des chercheurs capables de générer des virus mutants mortels et de les laisser échapper d’un laboratoire n’est plus de la science-fiction, il est permis de douter des capacités de l’homme à éradiquer de la planète les agents infectieux, tout comme de notre capacité de pays riches et vieillissant à aider le reste du monde à mettre en œuvre lui aussi cette stratégie pour avoir une chance d’empêcher à l’arrivée de nouveaux variants. En effet, alors même que la libre circulation des personnes et l’ouverture des frontières demeurent encore très limitée, les pays développés ayant appliqué la stratégie « Covid zéro » connaissent déjà l'amère expérience de virus « no borders », et n'ont d'autre choix, à leur tour, que de courir après les commandes de vaccins.

En revanche, une chose est certaine : cette campagne de vaccination assortie d’un passe sanitaire permet de rendre compréhensible et acceptable par la population la reprise d’une vie normale, l’abandon progressif du masque et des distanciations, après plus d’un an de «tyrannie de la trouille ». Il s’agit de restaurer la confiance dans le pays et dans les relations internationales, et de nous permettre ainsi de retrouver nos libertés. La promesse même de la vaccination y compris en direction des personnes non concernées par les formes graves du Covid comme les jeunes, est ce retour à une vie normale. «Parce qu’on rêve tous de se retrouver, vaccinons nous ! » nous enjoint le spot TV du gouvernement.  

Au sujet du passe sanitaire, Youness Bousenna signe, dans le Télérama du 2/6/21, un article intéressant « Á quoi nous pousse le passe ? », retitré pour l’édition web « Le passe sanitaire met-il nos libertés dans l’impasse ? », dans lequel il interroge le caractère liberticide et inégalitaire d’un passe sanitaire dont nul ne sait combien de temps il s’imposera, en convoquant les penseurs du biopouvoir Michel Foucault et Giorgio Agamben, ainsi que le philosophe Mathieu Potte-Bonneville. Il termine son papier sur une citation d’une tribune controversée de Giorgio Agamben parue dans Il Manifesto en février 2020 : « Il semblerait que, le terrorisme étant épuisé comme cause de mesures d’exception, l’invention d’une épidémie puisse offrir le prétexte idéal pour les étendre au-delà de toutes les limites. » Le destin du passe sanitaire confirmera-t-il cette intuition ?

Karine Dubernet "Covid : Passeport svp !"

Discontrol Party #3, Dispositif festif interactif, 2009 - 2018 conçu et réalisé sous la direction de Samuel Bianchini

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