Publié le 9 Janvier 2011

Midas et Bacchus - Nicolas Poussin - 1630
A un ami d'un an et son mec, vous prêtez votre appartement pendant une petite semaine durant votre absence. Vous organisez la récupération de la clé auprès de la voisine, lui faites promettre de penser à éteindre le chauffage électrique chaque fois qu’ils sortiront. Vous changez les draps, mettez à leur disposition des serviettes mais renoncez à leur laisser une bouteille de champagne.
La veille de leur départ, puisque vous êtes de retour sur Paris, le couple vous propose de dîner ensemble au restaurant.
Ce sera dans une ancienne coopérative ouvrière créée à la suite de la Commune de Paris.
Je n’ai rien dit, mais je ne suis pas ravi du choix : Mireille nous y avait invités avec son neveu et j’avais le souvenir d’un lieu très bruyant et de mets aussi peu mémorables que coûteux.
Tout se passa comme la dernière fois. De l’avis général, tout cela était bien cher pour ce que nous étions en train de manger et de boire, sans compter cet orchestre qui se permettait d'interrompre notre conversation.
Vint enfin l’heure de l’addition. Division par quatre à l’initiative de vos invités.

Le prêteur et sa femme - Quentin Metsys (1514)
A cet instant même, tout ce que vous aviez apprécié chez vos « amis » s’effaça, vous n’aviez plus qu’une hâte : prendre congé et ne plus les revoir, déçu de vous voir confirmer dans cette grossière impasse la radinerie que vous aviez pressentie, et à laquelle vous ne vouliez pas croire.
« Sont-ils gênés financièrement ? », m’a demandé ma belle-mère. « Pas du tout, gros revenus quasi assurés à vie. S’il en avait été ainsi, on aurait payé l’addition. En plus, ils ont dû dépenser une fortune en sorties et en shopping. »
« La générosité est la vertu du don », écrit André Comte-Sponville dans son Petit traité des grandes vertus. Que vaut une amitié sans générosité ? Rien.
Comme en amour, mesquinerie et pingrerie en sont les plus sûrs ennemis.
Et ce n’est pas la bouteille de rouge (quelconque) et les deux bricoles à grignoter laissées avec les clés le lendemain qui gommeront l’amertume de cette déconvenue.
Non, vraiment, nous n’avions vraiment pas les mêmes valeurs.
Anthrax : Quoi ? Le vieux qui habite ici n’aurait pas pu acheter de quoi régaler la noce quand il marie sa fille ?
Strobile (rires) : Ah ! Ah !
Anthrax : Où est le problème ?
Strobile : Tu me demandes où est le problème ?
Ce vieux est plus ras qu’un rat tondu.
Anthrax : Comment ça ?
congrion : C’est vraiment vrai ?
Strobile Tu peux me croire...
Il prétend qu’il a fait faillite et qu’il a perdu jusqu’à son dernier sou....
Ecoutez ! Il appelle au secours les hommes et les dieux si un filet de fumée s’échappe de sa cheminée.
Quand il va se coucher il se met un sac sur la bouche.
Anthrax : Et pourquoi ?
Strobile : Pour ne pas perdre en dormant le souffle de son haleine. (...)
Strobile : Et tu sais encore quoi ? Quand il se lave il ne supporte pas de devoir jeter l’eau sale.
Anthrax (faisant comme s’il ne comprenait rien aux histoires de Strobile) : A ton avis, ce vieux, serait-il possible de lui emprunter un bon gros million pour acheter notre liberté
Strobile : Tu lui demanderais la Famine en jouissance gratuite, il te la refuserait.
Encore ceci
L’autre jour le barbier lui faisait les ongles
Il a ramassé les rognures pour les garder.
Anthrax : Grands dieux, tu me fais le portrait du radin radical.
La marmite de PLAUTE traduction de Florence Dupont

Scienceshumaines.com/ l'essai sur le don de Marcel Mauss 1924
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