Publié le 1 Mai 2011

Le Sultan septuagénaire n’a aucune descendance, il ne s’est jamais marié. Dans un pays profondément religieux où le mariage est la grande affaire d’une vie et sans doute comme ailleurs en terre d’Islam, « la moitié de la religion », sa popularité ne laisse d’étonner.
Etre riche a toujours donné un surcroît de liberté, a fortiori à la tête d’une monarchie absolue, surtout si une politique avisée depuis quarante années n'a cessé d'améliorer les conditions de vie de ses sujets.
Pourtant, dans l’élan des révolutions arabes, on dut informer son altesse d’un foyer de protestations dans une ville industrielle du nord. Magnanime, le sultan a aussitôt pardonné aux manifestants arrêtés et créé 50 000 emplois de fonctionnaires pour satisfaire la revendication principale de ces jeunes gens. Où ? Dans l’armée, pardi ! Trop malin ce sultan !
Lors d’un précédent voyage au Yémen, le Baron qui partage avec F.M.. et S.B. une passion pour les dynasties couronnées et peut-être aussi son talent certain pour approcher de très près la gente masculine locale, affirma sur le ton de la confidence que la passion dévorante du souverain pour les « jeunes garçons » l’avait résolu à rester célibataire.
Son testament politique tenu secret prévoirait de confier sa succession à son neveu favori.

Ici, plus qu’ailleurs encore, le pays s’arrêterait de fonctionner sans ses immigrés. La plupart viennent du Pakistan et du Kerala. Du coup pour notre plus grand plaisir la cuisine locale est « indienne » : le dal toujours présent, le poulet et le poisson tandoori, le riz coloré basmati agrémenté de cardamome, etc.
Sur la promenade bordant le port de la capitale, la foule était nombreuse ce vendredi soir (ici c’est la fin du week-end), les expatriés indo-pakistanais dominaient en nombre. Chaque « ethnie » est reconnaissable à son habillement, m’avait dit Mélanie : teintes neutres et sobres pour les « deux pièces » des hommes pakistanais, plus coloré ou tenue occidentale pour les indiens, kumma brodée sur la tête et dishdasha blanche jusqu’aux pieds pour les omanais.
La nuit tombée, le thermomètre s’obstinait à afficher 35 ° mais je n’en ai pas moins goûté la noblesse de tous ces hommes endimanchés dont les plus jeunes, le plus naturellement du monde, déambulaient main dans la main avec leur meilleur ami...

A S., j’ai profité d’une courte halte d’étape pour me ruer dans un «beauty salon » pour qu’on m’y débarrasse de la broussaille blanche qui avait envahi mon visage.
Je dus attendre une quinzaine de minutes en face d’un panneau vantant en arabe et en anglais les bienfaits des massages ici pratiqués, jusqu’à ce que le gracieux jeune homme qui venait de me gratifier d’un joli sourire en arrivant, m’invite à le suivre dans une des petites cabines en rang d’oignons.
Sa belle peau sombre et imberbe tolérait une exception : une moustache, ce désolant attribut de la masculinité, assortie à sa chevelure de jais.
Tout en s’activant à la rude besogne que je lui présentais, il engagea la conversation dans un anglais rudimentaire. La douceur de ce garçon kéralais parvint presque à me faire oublier le feu de son rasoir, notamment cette manière charmante qu’il avait de s’appuyer légèrement sur moi et de laisser glisser sa main sur mes épaules quand il changeait de côté.

Lorsqu’il eut achevé de rendre mon visage aussi lisse que les fesses d’un bambin, le « garçon coiffeur » le tamponna avec délicatesse à l’eau de toilette bon marché, puis commença à masser énergiquement mon crâne à la manière de mon barbier tamoul à Paris. Mmmmh !
Sur le point de le prier me faire l’affriolant « full massage »[1] de la carte, j’avisai d’un coup d’œil l’heure qui me sommait de l’arrêter : « My friends are waiting for me. I have to go now. Too bad !”[2]
Depuis, l’idée d’un voyage en Inde pour m’initier au massage ayurvédique me trotte par la tête. « Inch Allah ! »
Retour de nuit pour Paris. Gulf Air a son « hub » à Bahreïn, il nous faut y faire un court arrêt. Dans ma somnolence j’ai bien eu conscience que l’équipage tentait pour la seconde fois d’y atterrir sans y parvenir, en remettant chaque fois les gaz.
La troisième tentative fut la bonne. Enfin, c’est ce que je crus jusqu’à ce que mes compagnons de voyage viennent me rejoindre pour me narrer la trouille qu’ils avaient eu. C’est ainsi que j’appris également que nous n’étions pas à Bahreïn mais sur un aéroport d’Arabie Saoudite.
D’après le commandant de bord zimbabwéen, des turbulences au sol, rendaient périlleux l’atterrissage. On lui faisait maintenant savoir que ça devait aller mieux. A 1H du matin, nous voici repartis pour tenter de nouveau l’atterrissage.
Bien sûr, l’avion pour Paris ne nous avait pas attendus. Le prochain dans 24 heures ! On ne récupère pas nos bagages, l’hôtel et les repas sont pris en charge par la compagnie.
Au contrôle des bagages à main par rayons, l’agent de sécurité m’interpelle pour me demander quel type d’appareils à photo j’ai dans mon sac, je ne me fais pas prier pour lui vanter mon gros engin de 70-300 mm. « Usage personnel ou professionnel ? » me demande-t-il. Mais son collègue lui dit alors de laisser tomber (j’ai reconnu le mot « transit »).
C’est vrai qu’à Bahreïn les protestations sont violemment réprimées et que la monarchie locale ne doit pas aimer les journalistes.

Pas grand chose à faire de tout ce temps à part dormir, manger et lire. Le portier nous annonce à notre arrivée qu’un taxi viendra nous chercher vers 22 heures pour rejoindre l’aéroport. Malgré la fatigue en cette heure matinale, j’ergote que ça fait un peu tôt pour un départ à 1H30, il justifie la marge par l’existence d’un couvre-feu (A défaut de couvre-feu patent, on constatera l’existence de nombreux check-points à proximité de l’aéroport).
L’hôtel a bien une piscine mais nos maillots sont dans nos bagages à l’aéroport, le naturisme et même le slip est ici plus qu’ailleurs exclu, quant à aller chercher le Mall pour acheter un maillot, personne n’a suffisamment envie de se baigner.
TV5 n’est pas captable, seule BBC World est regardable. Le Gulf Daily News - the voice of Bahrain du 23 avril 2011 titre « Bloodbath in Syria, syrian forces killed 80 demonstrators ».[1]
Il y a tellement rien à faire qu’avec Gabriel, une fois n’est pas coutume, on s’est gratifié d’une « relaxation câline ».
Après déjeuner, les autres ont voulu partir voir la mer (On est sur une île). J’ai décliné, il faisait trop chaud et je pressentais inhospitalier pour le piéton ce bout de terre recouvert d’immeubles à moitié vides, de chantiers et d’autoroutes.
Au couchant, à mon tour j’irai voir la mer. De cette virée, j’ai rapporté une belle photo manquée le temps de courir sur un point plus haut (un soleil énorme entre deux gratte-ciels), un impressionant « ministère des affaires islamiques », trois fantômes noirs au bord d’une lagune, un jeune homme mélancolique qui fumait la chicha dans un café au bord de l’eau, un jeune « indien » mignon qui m’a joyeusement salué en me croisant[1].
A part ça ? L’existence de cet Etat mouchoir de poche est tout ce qu’il y a de plus suspecte : « Y a peut-être du pétrole, mais ça paraît trop riche de manière inexplicable... ça pue le paradis fiscal. » Assertion confirmée au retour.
Après le tremblement de terre, le tsunami et la catastrophe nucléaire de Fukushima, Anne-Sophie et Julien ont bien évidemment annulé leur voyage. « Vous avez eu du nez avec le Japon, lui ai-je écrit dans un email, et moi qui vous avais conseillé la région de Sendai comme troisième étape ! » « Bien vu aussi la Syrie, m’a-t-elle répondu, vous partez quand même ? »...
Aucune des photos que j’ai prise de notre père ne laisse deviner la maladie qui le ronge : il ne paraît pas son âge, il a l’air heureux. Pourtant, ces images sont aussi fallacieuses que celles de Tchernobyl ou de Fukushima, le mal est là, terrible, même si on ne le voit pas.
Car désormais, à ses côtés, nul doute que "sa mémoire le perd".
Un crève-cœur.
NGT/ Papa à petits pas (parenthèse libyenne)

Photo d'Hugh Holland, trouvé sur ce tumblr qui crédite les innombrables photos homoérotiques qu’il met en ligne, merci à lui !
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