Hammam

Publié le 2 Juin 2007

 

Exceptés 2 clichés de JD Cadinot, les photos illustrant le billet sont de Pascal Meunier

 

S’il est un lieu exotique et fantasmatique chez les homosexuels, c’est bien le hammam. Hélas, dans les pays de l’ancien Empire Ottoman, ces « temples du corps » sensuels et conviviaux, résistent mal au monde moderne. Délaissés pour la salle de bain familiale, ils semblent de plus en plus appartenir au passé, ... ou aux touristes.

Dans le même temps, de notre côté de la Méditerranée, le hammam surfe sur la vague de la recherche du bien-être corporel, en général dans une offre plus large de thalassothérapie, tandis que des personnes issues de l’immigration le réinvestisseraient (® l’exposition « Le hammam dévoilé »).

 

 

Le business gay, pour sa part, depuis longtemps a fait du hammam et son cousin finnois le sauna, des étapes incontournables du « Cruising », et dans lesquels d’aucuns peuvent s’attarder de nombreuses heures, voire une nuit ou une journée entière (il me semble que les lecteurs de Têtu plébiscitaient l’an dernier le Riad. Et le cinéma porno en a fait maintes fois un décor très chaud dans lequel Jean-Daniel Cadinot a excellé (Harem).


 

 

L’été 1991, les turcs d’Egridir au bord du lac du même nom avaient déjà dû déserter leur hammam. Je faisais étape dans ce village avec Michèle R. et sa copine Nadia rencontrées à Istanbul, le long des remparts de Topkapi. Je venais de me faire larguer par Karine (connue en Hongrie) avec qui j’avais fait ce projet de voyage : en Cappadoce, elle avait rencontré Ferat qui semblait lui faire tout ce que, de toute évidence, je ne lui ferai jamais.

Peu de souvenirs de cette 1ère expérience de hammam. Rien retrouvé non plus dans le cahier de voyage : trois pages laissées blanches pour cette partie du voyage.

Une grande salle circulaire coiffée d’un dôme avec à sa base quelques fenêtres laissant passer la lumière du jour, des robinets tout autour avec un saut et une écuelle.
« Temple du corps ? » Un ou deux hommes non remarquables que j’imiterai dans leurs ablutions.

Bain de vapeur ? Là-bas, pas d’épais brouillard de vapeur chaude comme dans « la grande vadrouille » (« Tea for two and two for tea »...), pas de vapeur apparente, il fait juste chaud, ce qui n’est pas une prouesse en plein été.

Pas de doute, le touriste que j’étais se lavait dans un authentique hammam, autrement dit dans les « bains-douches » locaux.

Massage ? Il y avait bien un homme moustachu faisant office de masseur. En matière de massages musclés, l’année précédente, j’avais connu le 7e ciel avec les masseurs du Vat Po à Bangkok. Pas facile pour lui de rivaliser, pourtant, sa brève séance de massage me plut. J’ai le souvenir qu’il m’a massé avec des bulles de savon qu’il obtenait à partir d’un sac rempli de savon et d’eau, souvenir confirmé par une photo du splendide reportage photo de Pascal Meunier sur les hammams dans les pays arabes et en Iran (® Les reportages de Pascal Meunier : Hammams de la magie à l'oubli et les derniers bains du Caire)

 


 

Pour Noël, la tradition familiale veut que, depuis que tous les enfants sont appariés, chaque couple fasse un cadeau à un autre au terme d’un tirage au sort. Ce Noël, Pascal et Solène nous ont offert un « forfait détente » dans un hammam non loin de chez nous, rue Petit dans le XIXe.

Promesse tenue : sortis au bout de trois heures très relaxés, avec une peau de bébé bien grasse et fleurant bon le jasmin.


A savoir si vous vous y perdiez

Les hommes ont accès au lieu le samedi qui est le seul jour où le centre est mixte, ce qui impose l’usage d’un maillot de bain (l’habitude de se balader à poil dans les douches du club de fitness a failli me faire oublier ce détail).  Le mâle n’en est pas moins rare.

Ce jour là, le centre était envahi par des flopées  de filles venues en bandes. J’ai croisé en tout et pour tout un vieux monsieur méditerranéen sans doute aux anges d’être en si bonne compagnie, un garçon timide entraîné ici par sa copine, un maghrébin qui semblait, lui, initier sa petite amie et deux hommes qui partaient lorsque nous sommes arrivés.

Du coup, on a renoncé au sauna pour se cantonner au hammam, après s’être tartiné de savon noir. Le gommage devrait en toute honnêteté s’appeler arrachage de peau, le raclage au gant de crin s’opère juste en dessous du seuil de douleur.

 

 

La pierre chaude ne désemplissait pas, alors on a barboté dans la piscine à 34 ° ( ?).

Inscription pour le massage, les cadences paraissent infernales. En attendant que viennent notre tour, on boit le thé avec sa pâtisserie orientale dans la salle de détente. De manière très prévisible, le massage sera prodigué par une femme : Deux maghrébines officient côte à côte. La mienne ne parle pas très bien le français mais avec l’aide de sa collègue, on badine gentiment tandis qu’elle m’huile énergiquement la pelouse.

Tout ça est bien évidemment fort éloigné des soins que certains se prodiguent dans d’autres établissements.

PS. Les bains publics de la rue de Meaux semblent ne pas désemplir. A quand le forfait hammam/gommage/massage pour les pauvres ?

 


Association d’idées

 

La résurrection d’un hammam stambouliote grâce à un italien tombé amoureux de son locataire : http://www.allocine.fr/Hammam de Ferzan Ozpetek


Cité sur ce blog in http://notesgaydethomas.over-blog.com/Tristes histoires de chiffres in L'étoffe des héros


Hammam côté femmes, dans les yeux d’un garçon tunisien en train de devenir grand :

http://www.liberationfilms.be/Halfaouine, l'enfant des terrasses de Ferid Boughedir

 

 

GAY = Gare Au Yaourt ?


En Ardèche, tout en habillant son petit dernier, ma belle-sœur Alexandra m’a demandé si je connaissais l’origine du mot gay.

-         une manière cryptée qu’utilisaient les pédés pour se désigner, ... avec une signification proche du mot français « gai » ?

-         non, c’est un acronyme, quelque chose « as you »

-         Guys as you ?

-         ça doit être ça.


Pas exactement. Jugez en vous-même sur le pilote du Web journal gay (regardable jusqu’aux « brèves d’actualité ») : http://www.dailymotion.com/video/x1c6kp_le-web-journal-gay

Plus sérieusement....

http://www.novaplanet.com/gay = good-as-you.html

http://www.damepipi.ch/éthymologies gaies

 


Depuis ce pilote, ils ont bien bossé au Web journal gay, on aime bien leur humour potache :

http://www.webjournalgay.fr/

 

 

Rédigé par Thomas Querqy

Publié dans #culture gay, #touriste, #Paris, #sex, #famille

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
O
Je m'aperçois que j'ai omis de laisser une trace la semaine dernière à propos d'Almodovar. Suite à ton billet, j' ai regardé à nouveau Matador...Ah le Hammam, à ce propos tu dois connaitre le beau film de Ferzan Ozpetek "Hammam" qui a pour cadre justement Istanbul.Je garde un souvenir singulier d'un hammam à Kusadasi, j'avais une petite vingtaine d'années et j'étais accompagné de cinq filles (eh oui  pas de mec :-(  et donc dans ce hammam typique nous avons eu droit à ce que tu décris. Etant le seul mâle il a fallu que je passe en premier au savonnage, puis massage énergique d'un grosse brute turque. J'avais peine à contenir une turgescence... mais la friction virile a eu un effet constricteur salvateur. Puis nous eûmes droit à une petite cabine individuelle où un charment garçon est venu m'apporter un thé à la menthe bien revigorant.Sinon le Riad est un sauna que je trouve bien sympathique... tout comme le film de Cadinot "Harem" qui figure dans mon panthéon des films pornos.J'ai essayé le hammam de la Mosquée de Paris, mais il y a vraiment beaucoup de monde, c'était en week end. En revanche il y a un mélange des genres plutôt marrant, des gays plus ou moins discrets et aussi des familles maghrébines (le père et ses fils) qui donnent une couleurs "exotique" à ce lieu.
Répondre
T
Tes échos à mon soliloque sur le www me font toujours plaisir.<br /> Comment oublier sur ce thème, le film d'Ozpetek et la beauté ténébreuse du rejeton de Gassman ? J'avais seulement omis de "copier-coller" des liens. C'est corrigé.<br /> 5 filles pour ce voyage en Turquie ? Bravo, tu m'as battu, avec trois, j'étais déjà pas mal embarrassé.<br /> Je ne cessai d'avoir Harem en tête lorsque je suis allé à Sidi Bou Saïd avec Gabriel : une partie du film m'a semblé y avoir été tourné => http://notesgaydethomas.over-blog.com/article-3657658-6.html<br /> En ce moment, je lis en parallèle avec le dernier de Dennis Cooper, "le pouvoir du chien" de Thomas Savage que tu avais recommandé. J'aime beaucoup. Merci pour le tuyau.