expos

Publié le 12 Novembre 2006

 

 

Mon attirance pour le vide : « Message personnel » à la galerie Yvon Lambert

30/03/2006

 

Bonne presse pour Yvon Lambert qui fête les quarante ans de sa galerie en invitant tous les artistes qu’il a défendu à réaliser des œuvres pour l’occasion, comme autant de « messages personnels ». Personnage incontournable sur le marché de l’art contemporain, du moins en France, j’avais fait sa connaissance à Avignon où un hôtel particulier abrite sa collection personnelle. Alors en visite chez Christophe et Selim, nous y avions été entraîné par le mec du copain de Selim (l’attaché parlementaire désagréable), qui d’architecte, s’était reconverti en prof d’arts plastiques. J’en garde surtout le souvenir des photos de Nan Goldin que le galeriste a fait connaître en France.

 

Je n’attendais pas grand chose de cette exposition, à part des photographies et quelques provocations à dominante sexuelle. En définitive, je n’y trouvai rien qui suscitât mon intérêt. Particularité de l’exposition : les œuvres ne sont pas titrées (forcément, suis-je bête, on est entre intimes : « message personnel » !).

 

Un machin de plus de deux mètres de haut à l’entrée de l’exposition (Anselm Kiefer), une immense salle blanche occupée en son centre par des cimaises formant une pièce et sur lesquelles sont accrochés à l’extérieur les « messages personnels », à l’intérieur de cette pièce, souvenir d’un tableau avec deux aplats de vert différents. Un gribouillis me rappelant quelque chose (Cy Twombly), un bout de journal sous verre sur lequel a été rajouté en rouge un S à « Le » et à « Monde », une peinture abstraite pleine de matière (l’objet le plus intéressant), une lettre élogieuse de Jack Lang au galeriste, une vidéo bruyante sur grand écran dans une petite salle, deux projecteurs rouges éclairant de très prés de la paille odorante (Claude Levêque), sur une table un pile de photocopies d’un texte (un instant, je crois enfin avoir trouvé un peu de doc sur l’expo), une série de photos d’un mec rasé se maquillant devant son miroir (Douglas Gordon) une date un 1er décembre de je ne sais plus quelle année (journée du Sida ?).

 

Je croise un seul mec. Que pense-t-il de cela ? Plutôt resté sur ma faim, je monte à l’étage. Une série de cibles aux motifs colorés. Comme toujours dans ce genre de lieu, le personnel plein de morgue vous ignore (ce vieux syndrome affectant le domestique d’une bonne maison qui se croît aussi important que son maître).

 

Merchandising de valorisation par le vide (Cf le show room de prêt à porter haut de gamme), sauf qu’ici l’objet est dérisoire (Plus conceptuel, tu meurs !).  Art contemporain ? Marchandise destinée à soulager le porte monnaie trop plein de riches écoeurés par trop de tout ?

 

Qu’est-ce qui continue à m’attirer dans de tels lieux ? L’envie de croire que moi aussi je pourrais être un artiste ? L’attirance pour le vide ?

 

 

Le souvenir de nos morts

 

Parce que sans doute il a pensé à lui durant ce séjour africain – il avait été terrassé par un neuro- paludisme lors d’une mission au Cameroun - de nouveau, Gabriel a rêvé de son père. Comme chaque fois au réveil, il a revécu la tristesse de réaliser qu’il était mort.

 

 

 

Verdeur poétique des épigrammes de Martial 

 

…un romain qui est mort en 104 après JC à Bilbilis où il était né (au nord de l’Espagne actuelle) 

 

CONTRE FABULUS

Ceux qui fréquentent les garçons

Ont, dis-tu, l’haleine offensante.

Mais que penses-tu donc que sente

Fabullus, un brouteur de cons.

 

CONTRE NEVULUS

Ton esclave a mal à la pine

Toi, c’est au cul. A ces effets,

Sans être devin, je devine,

O Nevulus, ce que tu fais.

 

Traduction Jean Malaplate – NRF Poésie/Gallimard

 

Où l’on peut apprécier combien nous sommes devenus prudes…

 

 

Benjamin dans Le Cercle fermé de Jonathan Coe 

 

« Benjamin m’a toujours frappée comme quelqu’un d’égocentrique. Ni avide ni (consciemment) méchant, mais doté d’un ego fort (d’un ego solide), il n’a pas vraiment besoin de compagnie autre que la sienne. Et il ne donne pas beaucoup de lui-même, c’est certain. Alors qu’Emily se donne sans compter. Elle est ouverte aux autres, généreuse envers ses amis, prodigue d’elle-même, c’est ça qui la rend heureuse, et je l’imagine toute dévouée à son couple, incapable de rien garder pour elle, ni secrets ni intimité. »

 

Benjamin était LE musicien de la bande des copains d’études et ses articles prometteurs dans le journal de la fac faisaient penser à ses amis que, plus tard, il vivrait de sa plume. Aujourd’hui,  sans enthousiasme aucun, il bosse dans une banque. Mais il continue à écrire, des chansons, qu’il interprète parfois, et surtout un roman exceptionnel, devant révolutionner les formes du genre dont l’entourage demande régulièrement l’avancement. Depuis 20 ans.

 

Toute ressemblance avec des situations réelles ou avec des personnes existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite.

 

06/05/2006

 

Un sujet de mauvaise conscience : signer ou non une pétition appelant à la désobéissance civile en proposant d'héberger des jeunes sans papiers scolarisés cette année (j'en ai deux en classe)

 

 

 

Armande, niveau 1

 

Je ne lui avais pas rendu visite depuis notre retour de Namibie. Elle avait laissé sur le répondeur pas moins de 10 messages, tous plus inaudibles que les autres car elle était aphone. Entre temps, son extinction de voix avait requis son hospitalisation à St Antoine et l’annulation du projet de voyage au Portugal chez ses parents.

Une aubaine pour Pierre-Emmanuel, si on peut dire, qui était au bord de la crise de nerfs de l’avoir à la maison en train de faire n’importe quoi, avec un Valentin très perturbé qui était devenu insupportable.

Retour à la Maison sur Seine. Visite de Gabriel qui ne la trouve intellectuellement pas trop mal. Appel d’Armande au cours du pont du 1er Mai pour que nous venions l’aider à faire des mots fléchés.  Je diffère ma visite annoncée de mardi au lendemain.

 

Armande dort, les écouteurs aux oreilles branchés sur la TV qui fonctionne sans arrêt. Le visage allongée, bouche ouverte, les avants – bras collés au buste, ses mains squelettiques aux ongles peints pendent, accrochés à ses poignets filiformes, à peine posés sur son ventre gonflé. Autour d’elle les tables sont jonchées d’objets et de détritus. Au sol, une couche usagée. De la fenêtre grande ouverte de la chambre 103 monte les bruits de la rue et pénètre la douce lumière d’une belle journée de Printemps.

 

Je décide de ne pas la réveiller et avale le sandwich, la tarte aux pommes et le jus de pomme que je viens d’acheter en feuilletant un Femme Actuelle. Finalement, elle se réveille. Ma présence la réjouit : « 

 

-          Oh, Tom, t’aurais dû me réveiller, t’allais partir sans le faire ?

-          oui, je t’aurais laissé le « Modes et Travaux » avec un mot.

-          Alors là tu m’aurais entendu, je t’aurais engueulé au téléphone. »

(…)

 

Alors qu’elle se passe une crème sur la peau de ses pieds et ses jambes qui pèlent : « 

 

-          ça y est, j’ai enfin désenflé

-          t’avais des oedèmes ?

-          oui. (…) J’ai les jambes maigres hein ?

-          Oui, pas plus que les bras

-          Oh, les bras,… »

 

Ses bras sont véritablement décharnés, la peau, violette tirant parfois vers le noir.

Je lui ai fait deviner quelques mots faciles de mots fléchés, elle se débrouille bien.

 

Le lendemain soir, message sur le répondeur

 

« C’est Armande, bon c’était pour vous dire que tout va bien, que je suis en pleine forme (long bâillement) que j’attends toujours la venue de Gabriel et Tom pour m’aider à faire des mots fléchés parce que je bloque encore, ils sont difficiles ceux là, il faudrait que j’achète des niveaux 1 »[1] (fin du message)

 

Un peu plus tard, nouvel appel, pour s’endormir en paix ? (Pierre-Emmanuel travaille)

 

Bientôt deux ans qu’elle est malade et végète.

 

 

19/05/2006

 

Pépisse and love

 

Mon ami est délicat.

Un jour que sa bouche me tétait le dard,

A force de chatouillis,

S’est pris un jet de pipi.

S’est fâché, n’a pas ri.

 

Mon ami est délicat,

Un jour que sa langue fouillait mon trou 

Poussa un cri. 

« Cheat emergency » ?

Pas du tout, juste un vent.

S’est fâché, n’a pas ri.

 

Mon ami est délicat

Empalé, j’ai juté et j’ai ri.

 

 


[1] Ceux sur lesquels elle cale sont  de niveau 1

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Rédigé par Thomas Querqy

Publié dans #expos, #vivre, #livres, #sex, #politique, #tragique, #forme brève

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