masque

Publié le 13 Juillet 2021

* L’été indien est en Amérique du Nord, une période de temps ensoleillé et radouci, après les premières gelées de l’automne et juste avant l’hiver

 

Kevin Slack Cuba
Kevin Slack Cuba

 

"LIBERTAD" Des manifestations inédites contre le gouvernement à Cuba

Les valseuses de Bertrand Blier (1974) "On n'est pas bien ? Paisibles, à la fraîche..."

 

On n'est pas bien là ? À la fraîche… Décontractés du gland. Et on bandera quand on pourra bander. Avec l'allègement des plus contraignantes restrictions de nos libertés, et la suppression de l’obligation générale du port du masque en extérieur, Paris est redevenue désirable. Certains résistent encore, peut-être parce que le maintien de l'obligation d'appliquer sur leur visage un masque souvent sale et bouchonné en lieux clos et dans les queues, leur fait préférer ou oublier de le ranger, peut-être aussi parce qu'on ne sort pas de plus d'un an d'injonctions à se protéger d'autrui, d'un simple claquement de doigts.

On ne sait plus où donner de la tête pour choisir parmi les multiples propositions de loisirs : retour en salles de cinéma bien sûr avec que du bon dans des genres très différents : le procès de l'herboriste, les 2 Alfred, Des hommes, Nomadland, un peu d'expos (La Fab d'Agnès B, Michaël Schmidt au Jeu de Paume), un peu de salle de sport (prudemment, car je traine une douleur handicapante depuis son interminable fermeture administrative), du spectacle vivant pas mal grâce à Rose, la nièce de Gabriel (le dernier un chouette concert de transe sur le toit terrasse d'une municipalité de la petite couronne). Il ne restait plus qu'à faire un voyage hors de nos frontières, même pas très loin chez un voisin, pour presque retrouver la vie d'avant cette affaire de Covid.

 

Kevin Slack Cuba
Kevin Slack Cuba

 

Le taux d'incidence du Sras-cov 2 avait beau être passé depuis longtemps sous les 150 "cas" pour 100 000, une semaine avant notre départ, l'administration espagnole classait toujours la France dans les pays à risque. Par conséquent, il nous fallait présenter l'attestation d'une vaccination complète de plus de 14 jours, ou un test négatif de moins de 48 heures. Pour Gabriel, l'attestation de vaccination suffirait, pour moi, ça ne passait pas à deux jours près, j'allais donc devoir faire mon 1er test - je l'avais bien anticipé mais j'ai renoncé à tenter de demander le changement de date de la 2e injection à l'hôpital Avicenne, la bureaucratie n'aime pas ça.

Une nouveauté sur la page de l'Espagne du MAF a retenu mon attention : l'Espagne acceptait désormais un test anti-génique "inclus dans la liste de la Commission européenne", ce qui intéresse la plupart des visiteurs qui doivent payer leur test, car ils sont moitié moins chers, et pour ce qui me concernait, on repart avec son résultat. Vérification faite, le test fourni par la Sécu dans les centres de tests de mon quartier n'étant pas dans la liste, j'étais bon pour un PCR avec résultat demandé en "urgence".

Toujours concernant les contraintes de contrôle sanitaire, j'ai eu toutes les peines du monde à obtenir mon QR code de 2e dose sur Améli (que j'ai finalement obtenu chez un pharmacien), le Canard Enchaîné du 7 Juillet, m'a appris que je n'étais pas le seul et que je devais ce dysfonctionnement à ma mutuelle, la MGEN qui gère à la fois la Sécurité sociale et la complémentaire.

TRANSE / Cie MASSALA / Fouad Boussouf / Pièce pour 7 Transeurs (2013)

 

Franchir nos frontières en parvenant enfin à faire ce séjour prévu depuis plus d'un an et repoussé à trois reprises par la pandémie de Covid (merci Transavia de cette facilité offerte de reporter le voyage ad libitum), nous a procuré la joie immense de la libertée retrouvée de voyager, d'autant que l'île canarienne a été à la hauteur de nos attentes.

Destination low-cost adulée par les Britanniques et les Allemands, l’archipel des Canaries souffre depuis toujours d’une mauvaise image, mais sur l'île la plus septentrionale, même dans les deux principales stations balnéaires, on est loin des excès du tourisme de masse qui a fait la mauvaise réputation de Magaluf aux Baléares (et qui a suscité le très beau documentaire de Miguel Angel Blanca, visible jusqu'à la fin août sur france.tv).

 

Lanzarote, jardin de cactus de César Manrique, toilettes pour hommes

 

Au retour en France, même en se protégeant, impossible d'échapper au brouhaha de l'imminence d'une 4e vague à cause du variant indien Delta. Tous les oiseaux de mauvais augure, qu'on imagine frustrés d'avoir perdu pour peu de temps leur tribune, sont de nouveau sur le pont. Le message passe bien, le pessimisme prévaut chez une partie de la population : ma soeur m'a dit que beaucoup de ses clients avaient pris leur vacances en juillet de peur d'être bloqués par de nouvelles restrictions (Paris paraît aussi relativement calme), ce samedi pour shabbat, les Loubavitch avaient tous dans la rue le masque sur le nez.

What's the fuck ? Les "contaminations" reprennent partout, ce nouveau variant est encore plus contagieux que le précédent. Quid des formes sévères et des morts ? Pour l'Angleterre touchée avant nous, les hospitalisations augmentent de nouveau mais avec des formes sévères et des morts relativement stables. La vaccination (48% de la population a eu ses deux doses) joue sans doute son rôle de bouclier, ce qui a conduit le gouvernement à maintenir la levée de toutes les restrictions prévue le 19 juillet. En Israël, la légère reprise épidémique, portée par le variant Delta, ne se traduit pour l'instant que par une hausse des contaminations, mais pas des hospitalisations et des décès.

Alors ? Sans verser dans le "rassurisme", quel sens donner à ce branle-bas de combat ? S'agit-il d'une manœuvre relevant d'un "nudge" pour booster une campagne de vaccination qui marque le pas, en particulier parce qu'elle est refusée par les jeunes chez qui le virus circule principalement ?

Teaser - Olivier Dubois - Itmahrag - https://www.parislete.fr/fr/le-programme/itmahrag_2

 

Une fois de plus, la rédac chef de Marianne, Natacha Polony met judicieusement les pieds dans le plat. Et si l'on ne parvenait pas à stopper la circulation de ce virus et ses variants (Epsilon et Lambda ont déjà pointé leur nez) ? Ce n'est pas grave si cela donne un test positif sur une personne asymptomatique ou une fièvre pendant 24 heures. L'enjeu unique, souligne la journaliste, est d'éviter la saturation des hôpitaux puisque c'est pour cela qu'on nous a tous enfermés, or ce n'est pas le cas pour le moment pour les pays les plus vaccinés, non sans avoir aussi rappelé que le vaccin contre la grippe a une efficacité de 30 à 60 % selon les années.

Après les annonces d'Emmanuel Macron imposant la vaccination pour les soignants et personnes travaillant au contact de personnes fragiles, la généralisation progressive du passe sanitaire pour toutes les activités sociales, des tests PCR gratuits uniquement sur prescription médicale, mais aussi une nouvelle prolongation du régime transitoire d’état d’urgence sanitaire jusqu’au 31 décembre réduisant au silence la moindre opposition démocratique, l'enjeu de cette gestion de la crise du Covid est également pour nous de savoir si Albert Camus avait vu juste déjà en 1955 en écrivant : "le grand cri “La liberté ou la mort” semble s’éteindre parmi nous. Servitude et bonne santé, voilà le slogan de demain."

 

Kevin Slack "Soledad" (Cuba)
Kevin Slack "Soledad" (Cuba)

 

On saura plus tard si la recherche de vaccin n’a pas ralenti la recherche de remède, si certains remèdes n’ont pas été écartés sous la pression de trusts pharmaceutiques puissants jusqu’à parasiter les autorités de santé. L’important est de reconnaître que, si grandes soient les victoires des techniques scientifiques les plus raffinées, jamais les virus et les bactéries ne seront éliminés, ne serait-ce que parce qu’une partie du monde bactérien est vitale, notamment pour nos intestins ; ne serait-ce que parce qu’ils sont capables de se modifier et déjouer les antibiotiques et les antiviraux, ce qui affecte du même coup le rêve d’immortalité du transhumanisme. Ainsi nous apparaît la faiblesse d’une science par ailleurs si puissante.

Edgar Morin dans le Monde du 7 juillet 2021

Le tube de l'été : l'été indien

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