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Publié le 8 Août 2025

 

Ludwig von Hofman détail projet de frise "Quelle der Kraft" de la salle de lecture de l'université de Leipzig 1920
Ludwig von Hofman détail projet de frise "Quelle der Kraft" de la salle de lecture de l'université de Leipzig 1920

 

De tous les paysages nul n’égale en beauté celui d’un garçon nu plein de grâce embrasé

https://notesgaydethomas.over-blog.com/article-b-attitude-107924241.html

 

Ciel très couvert pour cette dernière courte étape Pirna-Dresde en Saxe sur nos vélos, de brefs épisodes de bruine légère nous font sortir le Kway ; halte obligée au château de Pillnitz sur la rive de l’Elbe, singulier par ses bâtiments d’inspiration asiatique. La météo ne se prêtant pas à la flânerie dans les jardins, et la plus grande partie du château étant en rénovation, pas grand-chose à se mettre sous les yeux, hormis une pièce consacrée à une exposition de quelques peintures et dessins de Ludwig von Hofmann (1861-1945), qui y a résidé pour sa retraite de l’Académie de Dresde à partir de 1932, jusqu’à sa mort en août 1945, peu de temps avant que la Saxe ne passe entre les mains des soviétiques puis de la RDA.

En effet, le château revint à l’État en 1922, après que la Saxe fut intégrée à la République de Weimar, et une partie mise en location.

 

Ludwig von Hofmann se promenant dans le parc du château de Pillnitz - non daté
Ludwig von Hofmann se promenant dans le parc du château de Pillnitz - non daté (entre 1932 et 1945)

 

De ce peintre, je connaissais son tableau « Garçons se baignant » (Badende Knaben) (1908), vu la première fois à l’exposition «Masculin/Masculin. L’homme nu dans l’art de 1800 à nos jours » au musée d’Orsay en 2013. Dans cette petite salle, un tableau et un dessin au fusain ont retenu mon attention : le tableau « Abwehr » (1910), et ce qui s’avère le détail d’un projet de frise pour la salle de lecture de l’université de Leipzig (1920). En feuilletant un gros livre, deux dessins aussi, non datés, l’un d’un adolescent nu tenant un bâton, l’autre d’un jeune homme également nu entrant dans l’eau, difficiles à photographier au smartphone sous l’éclairage zénithal.

Dès lors, il n’est pas m’étonnant que Wikipédia indique que les tableaux de Ludwig von Hofmann étaient fort appréciés de Thomas Mann qui lui acheta en 1914 La Source (Die Quelle), représentant de jeunes garçons nus au bord de l’eau, qui demeura dans sa chambre jusqu’à sa mort.

 

Ludwig von Hofmann "Abwehr" (Défense) 1910
Ludwig von Hofmann "Abwehr" (Défense) 1910
 

 

 

 

 

Toutefois, contrairement à ce que je pensais, cet artiste n’a pas exclusivement dessiné et peint la gente masculine dans le plus simple appareil, car après vérification, filles et jeunes femmes plus ou moins dénudées peuplent à part égale, sinon supérieure, son œuvre. A la Berlinische Galerie, quelques jours plus tard, j’ai pu ainsi voir un tableau "Sonne" (Soleil), peint autour de 1898, représentant au premier plan deux femmes nues prenant un bain de soleil au bord de l’eau.

Ses compositions idéalisées, souvent peuplées de figures nues dans des paysages oniriques, illustrant sa quête de beauté et d’harmonie, relèvent du néo-classicisme, du symbolisme, puis de l’Art Nouveau (Jugendstil). Le projet de frise de 1920, sa dernière commande publique, témoigne aussi de sa connaissance de l’expressionnisme et du cubisme, et annonce un nouveau style monumental, que d’autres artistes développeront pleinement dans les années 1930.

 

Arnold Böcklin Der Sommertag 1881 - Albertinum Dresden
Arnold Böcklin Der Sommertag 1881 - Albertinum Dresden

 

En dehors du fait que tout au long de son histoire, l’art regorge de nus, peut-être est-il utile de rappeler qu’au moment où Ludwig von Hofmann construit son œuvre, naît en Allemagne le mouvement naturiste (Freikörperkultur, ou  «culture du corps libre »), en rupture avec les mœurs prudes de l’époque : « Des artistes, des médecins, des aristocrates prennent l’habitude de se baigner nus sur les plages de la mer du Nord ou dans les nombreux lacs que compte le pays. » […] « Mais il s’agit de bien plus que de nudisme. Une abondante littérature et toutes sortes de revues voient le jour. Le thème dominant est le refus du mode de vie artificiel dans les villes, au profit d’une sorte de retour à la nature, au contact des éléments, loin de toute distinction sociale», auquel se mêlent des objectifs hygiénistes et thérapeutiques.

Concernant la réception du nu dans l’art et dans la vie tout court, nous connaissons, un siècle plus tard, une époque paradoxale où la pornographie est à portée de clic sur le web, et dans le même temps la représentation ou reproduction de la moindre quéquette au repos dés-érotisée, fait l’objet, quand ce n’est pas de censure pure et simple, de filtrage ou d’avertissement mentionnant un « contenu explicite » « susceptible de choquer », car potentiellement supposé « offensant ou inapproprié ». Déjà en 2009, je m’étonnai du vent de pudibonderie qui semblait s’être levé, très éloigné de mon éducation imprégnée d’un naturisme occasionnel, et m’interrogeais sur ses origines.

 

 

Mais où vivent donc les bogosses de Belami ?

Dans un tout ordre d’idées, celui du nu performatif de la pornographie, chaque fois que je me trouve dans l’ancienne Tchécoslovaquie, j’espère toujours croiser un des mecs sublimes, «chauds comme la braise», du studio de X gay Belami, en vertu de l’idée que les acteurs seraient pour la plupart « tchécoslovaques », pour ce que j’ai pu lire et entendre des rares échanges des acteurs, et que l’américain d’origine slovaque qui a créé le studio avait installé en 2000 son siège à Bratislava en Slovaquie après la campagne anti-pornographie de Georges W. Bush. En fait, il semble que le studio a aussi des bureaux à Prague et à Budapest où il recrute et fait tourner ses modèles. Une chose est sûre, l'agent chargé de la gestion des droits d'auteurs de BAOL (Belamionline) est toujours basé à Prague

Un article plus récent de Têtu en 2020, titré «le studio de X gay Belami recrute enfin un modèle noirAprès trois décennies d’activité, le géant du porno gay des Balkans découvre enfin l’existence des personnes racisées. Mieux vaut tard... » nous apprend incidemment que « depuis plusieurs années les studios Belami sont délocalisés à Cape Town, en Afrique du sud ». Ne partageant pas a priori l’indignation de l’auteur de l’article (dans une économie de marché, ça s’appelle un marché de niche, pas une discrimination), je ne sais pas ce que vaut cette information diffusée par quelqu’un qui ne sait délimiter les Balkans sur une carte d’Europe.

Il n'en demeure pas moins que quatre des plus irrésistibles acteurs du studio se sont bien aventurés à Cape Town en 2024, et qu'une collection  "Jambo Africa" y aurait été tournée entre 2018 et 2024. Pour le coup, l'absence d'acteurs noirs et métis dans ces films censés se dérouler dans une ville où les blancs sont minoritaires, interroge forcément. 

 

Dick Annegarn "Les Tchèques" 1997

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