Publié le 21 Juin 2011

 

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Teenager, j’ai appris à danser à la MJC. J’allais à ce cours avec ma sœur. Du rock bien sûr, mais aussi de la valse, du tango (« lent, vite, vite, lent, lent... »), et même du paso-doble.

Ainsi, pendant longtemps, dans les fêtes, avec les filles, j'avais un succès fou. Souvent, à la fin d’une danse, ravies, elles me tombaient dans les bras. Embarrassé, ne sachant qu’en faire, j’offrais à une suivante de lui faire tourner la tête. Puis à une autre... Un vrai petit Jacques Chazot, quoi !

 

Au collège, mon prof de gym que je trouvais très sympa (et beau, mais ça je ne l’ai jamais dit), avait soufflé à ma mère de me faire faire de la danse car il pensait que j’y excellerais. La danse Hip Hop, cette danse masculine n’était pas encore née. La seule que je connaissais était celle que pratiquait ma sœur : tutu, pointes et Casse-Noisette. « Un truc de filles », ai-je dû penser.

Qu’est-ce qui avait bien pu mettre dans la tête de Monsieur S. une telle idée ?

Un certain temps encore, je continuais à faire uke et tori avec mes camarades de judo.

 

 

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Pour le jeune Billy Elliot, qui du haut de ses onze années résiste d’abord de toutes ses forces à son désir de danser, les garçons qui dansent sont des « pédés ».

Joli film que ce Billy Elliot revu à l’occasion d’une « Thema Let’s dance » sur Arte ; j’avais oublié la dimension « gay friendly » de la relation de Billy avec son meilleur ami, amoureux de lui et aimant se déguiser en fille.

 

Même préjugé, doublé de l’obstacle de vivre dans une favela, pour les deux jeunes cariocas du documentaire « Nés pour danser » (« Only when I dance») qui travaillent comme des fous pour réussir à atteindre le plus haut niveau de « danse classique » en gagnant un concours qui leur permettrait d’obtenir une bourse d’étude.

Même si la chose n’est pas dite par le père du garçon, on perçoit que la passion d’Irlan pour la danse classique ne passait pas lorsqu’il a commencé à danser, en raison même de ce préjugé.

Mais Irlan est tellement déterminé, sublime et talentueux que son père devient vite son meilleur supporter - au point de se faire tatouer le prénom de son fils chéri - et qu’on ne doute pas un seul instant que le garçon sera lauréat du Prix de Lausanne.

Idem d’ailleurs pour Isabela « pleine de grâce ». Sauf qu’Isabela se blesse et restera comme tant d’autres gens doués au bord du chemin.

 



 
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Irlan Silva - Prix de Lausanne 2008

 

Ça faisait un bail que je voulais voir ce film. Dimanche, j’ai entraîné Gabriel et Mireille au Brady, l’ancien cinéma de Mocky. On y projetait Les rêves dansants, sur les pas de Pina Bausch.

Je n’ai jamais pu voir un seul ballet de Pina Bausch.

J’ai bien tenté quelques fois d’obtenir des places au Théâtre de la Ville, mais chaque fois, le spectacle avait lieu à guichets fermés.

Peut-être ai-je manqué d’opiniâtreté ?

Peut-être un manque d’envie : il n’était pas sûr que ce Tanztheater qu’elle avait créé fût ce qui me plaisait le plus dans la danse (je veux parler de l’irruption du théâtre dans la danse).

En fait, mon premier véritable coup de foudre pour la danse remonte à mon arrivée à Paris pour poursuivre mes études : Maurice Béjart et son « ballet du XXe siècle ». Pour la première fois, j’étais subjugué par une danse dont la vedette n’était plus tenue par les danseuses.

 

 

 

 

Comme Gab et Mireille, j’ai été profondément touché par l’expérience de transmission que raconte le film Les rêves dansants. Celle d’un spectacle, Kontakthof créé en 1978 par Pina Bausch, remonté en 1999 avec des personnes âgées et pour finir ici « avec des adolescents de plus de 14 ans » de Wuppertal, également non professionnels, n’ayant pour la plupart jamais pratiqué ni danse, ni théâtre.

On est d’autant plus ému que l’on sait que la chorégraphe mourra peu de temps après cet ultime travail, d’un cancer généralisé fulgurant qui l’emportera un mois après son diagnostic.

 

La métamorphose de ces jeunes est tellement épatante que j’exhorte le ministre de l’éducation de supprimer tous ces cours qui ne laissent aucune trace chez les jeunes, hormis un profond dégoût pour leur « matière », et de leur proposer en remplacement de la danse et du théâtre.

 

 

 

 

À travers la thématique centrale de Kontakthof, “un lieu où l’on se rencontre pour créer des contacts”, disait Pina Bausch, le film expose avec une rare délicatesse une galerie de portraits d’adolescents qui nous parlent à la fois de leur génération et, à travers leur histoire personnelle, de l’état du monde.

Les Inrocks du 12/10/2010

 

Une anecdote entendue dans le documentaire :

Un garçon raconte son premier baiser. Trois filles doivent passer chez son ami Rosario (qui fait partie de la troupe et qui se trouve à ses côté tandis qu’il la raconte). Il est très amoureux d’une des filles. Rosario lui propose un stratagème : on va descendre dans les caves avec elles, j’éteindrai la lumière et tu l’embrasseras dans le noir. Sitôt dit, sitôt fait : « la lumière s’éteint, je la serre dans mes bras. Elle ne se débat pas. Alors je l’embrasse. La lumière est rallumée. Je tenais Rosario dans mes bras. » [...]

 

 

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En sortant du film, il m’est revenu que dans mes « années lycée », j’ai fréquenté une fille dont l’une des sœurs était danseuse au Tanztheater de Wuppertal. Dans la petite bande de copains que nous formions autour du beau et charismatique Didier, international d’aviron, scolarisé à l’INSEP à Paris, elle était la meilleure amie de Marius. Marius et la jeune fille sortirent même ensemble un certain temps.

Des années après, contre toute attente, j’ai appris par ma sœur que Marius était devenu Maria.

La vie est bizarre non ? A moins que cela n’éclaire rétrospectivement nos amitiés ?

 

* Let’s dance ! : Dansons !

 

 

 

 

NGT / Connecting people avec Sidi Larbi Cherkaoui

 

 

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Rédigé par Thomas Querqy

Publié dans #danse, #mâlitude,, #ciné-séries, #culture gay, #intergénérationnel

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