« Aging body », transformations, et des claques qui se perdent

Publié le 1 Septembre 2007

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Orlan L'origine de la guerre
 
J'aime
J'aime regarder les gars
Qui marchent sur la plage
Les épaules qui balancent
Et les sourires fugaces
Je regarde les vagues
Qui jouent

Avec leurs corps
 
Peau très mate, superbement musclé, belle gueule, s’exprimant bien. Quel âge a-t-il ? 16 ans ? 17 ? Peut-être 18, voire même 19 ans.[1]
Il s’est hissé sur le rocher faisant office de plongeoir où venaient de m’entraîner Valentin[2] et Léo. D’autres garçons plus jeunes, du même groupe que lui (que Valentin, parigot de 10 années, avait identifié comme étant composé de « racailles »), l’ont rejoint.
On se met à discuter gentiment.

Il me sert des « Monsieur » gros comme le bras. Même si ça fait belle lurette que je dois faire avec ce marqueur d’âge (et de grande différence d’âge), j’ai encore tiqué en entendant son premier « Monsieur » ; peu importait qu’il s’agît d’une marque normale de politesse et de respect, je ne m’y suis toujours pas habitué, même si, en d’autres circonstances je l’apprécie, et que je l’exige même.

Il fait un très beau saut de l’ange. Il est magnifique... Et je me sens soudain un peu plus embarrassé de mon corps dénudé ; un peu plus vieux.
 

[1] J’ai lu qu’il existait, en particulier pour les garçons, une grande variabilité interindividuelle dans l’âge et la durée des transformations de l’adolescence, dont la puberté peut s’étaler entre 10 à 18 ans. ( l’Introduction à la psychologie du développement – Du bébé à l’adolescent – Armand Colin 1999)
[2] Voir Le fils de Thierry Henri envisage de se marier dans http://notesgaydethomas.over-blog.com/article-4825700.html et Papa, faut que je te dise quelque chose dans http://notesgaydethomas.over-blog.com/article-5764925.html
 
 
willmcbridequer.jpg  
http://www.will-mcbride-art.com/index.htm

Bon, peut-être bien que je suis en train d’en rajouter sur la beauté de ce garçon. En tout cas, peu de temps après, il a fait le même effet à Gabriel. Ceci dit, une fois de plus nous sommes tombés d’accord pour constater qu’il y avait de plus en plus de garçons émouvants, mais que c’était un effet du vieillissement que de vous faire prendre pour beau ce qui n’est que jeune.
 
Bref, avant peut-être les retrouvailles familiales, rien de plus fort que la petite tenue pour retrouver la lucidité quant à son âge et aux mutations corporelles qu’il implique.
 

Cet été, ce fut un peu mon Annus horribilis.

 
 
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17/7/7
Trauma pré-départ
Dans le miroir du pare-soleil de la 106, en route pour l’anniversaire de Sonia, j’ai beau tendre le cou, j’ai toutes les peines du monde à faire disparaître ce qui ressemble fort à un double menton. Horreur ! Pas vraiment du gras sous la peau, juste un peu de peau qui pendouille légèrement sous le menton. Gabriel confirme qu’il avait remarqué. Comme je me décomposais, il a gentiment rajouté : « parfois, pas tout le temps ».
Me voici donc déjà contraint d’imiter ma mère en relevant le menton. [...]
 
19/7/7
Plages : Le Boucan-Canot
Déjeuner au « Bamboo bar » face à la plage dédiée au surf. Beaucoup de beaux garçons à moitié nus qui ne font que nous distraire... et peut-être – c’est nouveau - complexer. [...]
 
25/7/7
Cirque de Mafate
En montant sur La Nouvelle, croisé deux garçons. Celui qui venait de photographier son copain, après nous avoir dit bonjour nous a gratifié d’un : « ça va ? Pas trop dur ? ».
Maladroite attention à l’égard de deux hommes mûrs qui ne craignent qu’une chose, que la jeunesse en faisant cas de cette maturité, ne les fassent se sentir vieux. [...]
 
24/8/7
Trop gros : « Effacer tout »
Pierre-Emmanuel m’a emprunté le numérique et a pris une série de portraits de groupe dans notre coin favori des gorges. Il ne me fut pas nécessaire de charger les photos sur l’ordinateur pour me rendre à l’évidence : pas une seule photo où j’étais à mon avantage. A la folle pelouse[1], le truc signalé plus haut, il fallait désormais rajouter un buste qui s’évasait. Adieu ma quasi légendaire minceur dans le microcosme familial ! La contraction d’abdos ne suffisait plus à masquer ce qui crevait l’écran : je n’avais plus de taille, j’avais du bide ! Comme ce n’est pas vraiment du gras, j’ai conclu que c’était la descente d’organes ou le foie qui avait grossi.
J’ai effacé toutes les photos. Tant pis pour les autres !
 
25/8/7
Trop large ou trop petit : Le coup de grâce au bord de la piscine...
... m’a été asséné par Arielle, la copine de mon frère Jonathan :
 
-          tu ne le remplis pas ce maillot.
-          comment ça ?
-          il vasouille, c’est un maillot pour un black, ça. Non, je t’assure, tu ne le remplis pas ce maillot.
 
Je ne l’avais jamais vu comme ça, ce maillot que j’avais trouvé accroché à un tamaris sur une plage grecque, j’étais même plutôt content d’en avoir fait mon slip adoptif, mais ce soir devant la glace, ça ne faisait aucun doute : il était trop grand (ou l’organe trop modeste).
 
 
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http://www.ryanmcginley.com/ 
(auteur aussi de la photo précédente)

 
-         Alors ? Comme disait Lénine, « que faire ? »
-         Rien. C’est inéluctable.
-         C’est hors de question, « Don’t give up ! », t’es un progressiste, il te faut lutter !
 
Un programme d’action pour tout de suite :
 
-         abandonner le slip adoptif sur le premier arbre au bas de la rue,
-         ne jamais courber la tête (un peu de fierté, diantre !) et penser à regarder le monde un peu de haut (ça peut froisser mais ça tendra toujours la peau du cou),
-         manger moins que pas beaucoup,
-         faire des heures sup non payées d’abdos et de footing,
-         boire seulement une demi canette pour l’apéro (ce soir, ça tombe bien, il n’en reste plus qu’une pour deux !).
 
A moyen terme : envisager un devis épilation
 
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En cas d’échec 
Une chiroplastie ? Non, pas possible. N’est pas Orlan qui veut, l’idée du bistouri me fait horreur (on a fait un stop au MAM de St Etienne qui présentait son exposition rétrospective ORLAN Le récit).

Cette femme est complètement folle mais non moins fascinante, même si, avec la soixantaine, elle s’est faite plus raisonnable en mettant un terme à ses Opérations chirurgicales- performances pour passer à de sages Self-hybridations réalisées sous Photoshop.
 
 Orlanselfhybridations.jpg

 
Tiens ! En voilà une bonne idée ! Laisser tomber le programme d’action et se contenter à l’avenir de retoucher les photos ?
 
Et surtout, surtout, se souvenir d’Einstein : « tout est relatif » et de Mireille qui nous a devancé en âge (59 ans) et qui ne cesse aujourd’hui de nous dire : « Mon Dieu, quand je pense qu’à l’époque où je vous ai connus[2], je me croyais vieille, finie ! Lorsque je regarde aujourd’hui les photos de l’Indonésie, je me trouve jeune et encore belle. Quelle idiote j’étais ! »
 
 
SainteOrlan.jpg
 
PS. La balance de Gabriel a objectivé la vision : 84.7 kg pour 182 cm.
Un site de calcul du poids idéal a confirmé une « surcharge pondérale modérée » et un poids idéal de 74 kg (?). Comme j’ai toujours entendu mon père et ma sœur dire que le « poids idéal » d’un homme faisant une activité de musculation, c’était en kg, le nombre excédant 100 cm de taille, autrement dit 82 kg dans mon cas (ce qui a toujours été peu ou prou mon poids), ce sont près de 3 kg en trop.
 
A la fin de la journée suivante, après le cours de body pump, soulagement, la balance du club indique 83 kg, m’en reste plus qu’un à perdre !
 
Y a des claques qui se perdent !
 
La plus puissante consolation est de se dire
qu’il ne nous arrive que ce qu’ont subi avant
nous, que ce que subiront après nous, toutes les
créatures, et j’estime que, si la nature a fait de sa
plus rude loi une loi commune, c’est afin d’en
adoucir la rigueur par cette universelle égalité
 
SENEQUE Consolation à Polybe, I. 4.
 
 willmcbridecover.jpg
Vestiaires peu fréquentables
 
-         Tu taffes en ce moment ?
-         Ouais.
-         Où ?
-         Pour des gens pas fréquentables.
-         ?
-         Je bosse chez deux types.
-         Pédés ?
-         Ouais.
-         Ecoute, tu vas où y a du taffe... Tant qu’il y a l’argent. [...]
 
Entendu au CMG République
 
[1] Cf De mauvais poils in Mauvaise nuit : http://notesgaydethomas.over-blog.com/article-4669585.html
 
[2] A peu près quand on s’est connu avec Gabriel, autrement dit il y a plus de 14 années.


jannhalexander.jpg

http://jannhalexander.free.fr/ recommandé par http://comedieduvide.blogspot.com/

Rédigé par Thomas Querqy

Publié dans #les années, #touriste, #famille, #vivre

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J
Tu le dis avec humour et réalisme, l'été c'est la saison des corps, et bien sûr, été après été, il devient plus délicat d'échapper à ce moment où le le regard qu'on a sur les autres se teinte de nostalgie. Dès lors le regard sur soi se cherche de nouveaux repères qui échapperaient à la peur. Passant devant le grand miroir de l'entrée, j'ai cru voir, le temps d'un flash, sous mes propres traits l'ombre naissante de ma grand-mère. cela aurait pu me rassurer, il y avait génétiquement plus lourd, mais bof..., j'ai commencé à voir le temps passer et les hiers me parurent en surnombre.mais la vieillesse n'attaque-t'elle pas sur plusieurs fronts à la fois? à ces dégâts physiques on doit ajouter les dommages intellectuels, le tout s'accompagnant d'une inévitable dégradation sociale... c'est là que je m'arrête, parce qu'on a tous quelque part en tête, dans notre mémoire collective, l'image du vieux pédé solitaire auquel la vie tout entière se refuse comme s'il s'agissait de la facture logique de ce qu'il fut. voilà ce qui me fait vraiment peur et dont chaque marquage physique la vieillesse semble être le nouveau signe annonciateur. doit-on espérer un remake gay de la Ballade de Narayama? pour l'heure j'y suis plutôt favorable.
Répondre
T
Bonjour Jean-Luc,Merci pour ton "rebond" sur ces états d'âme estivaux. Ton rajout est encore plus "réaliste" que le mien et peut-être un peu plus désespéré. Est-ce une question d'âge ? Ton prénom et ce que j'ai pu lire sur ton blog me laisse penser que tu pourrais avoir dépassé les 40 ans, peut-être les 50. Est-ce une question de vie, de trajectoire ? Je suis conscient que partager cette expérience à 2 rend sans doute un peu plus aisée la chose.Pour autant, je ne suis plus convaincu que le vieux pédé ait le monopole de la solitude. Quand surgit le grand âge, c'est souvent la condition la mieux partagée : dans notre monde moderne, les enfants et petits-enfants ne sont plus un garde-fou contre la solitude, les élever en couple conduit souvent à un repli sur la cellule familiale qui éloigne des amis, sans compter le nombre de couples qui se persécutent sans arrêt.Alors, face à de telles perspectives et la mélancolie qu'elle peut engendrer, si ça peut te rassurer longtemps considérée comme "la punition de l’homme supérieur» (http://www.liberation.fr/vous/275853.FR.php), que nous reste-t-il pour mieux vivre ? Je ne vois guère que le "carpe diem".Tu appelles de tes voeux un remake gay de la Ballade de Narayama, ce film que j'ai tant aimé, alors que je devais avoir une vingtaine d'années lorsque je l'ai vu. Même cet horizon du suicide lorsqu'il est temps, me laisse dubitatif lorsque subsiste malgré tout l'envie de vivre. J'ai par exemple ma belle-soeur qui aurait de bonnes raisons de le faire mais elle n'aspire qu'à une chose VIVRE, ou ma voisine qui m'a raconté comment elle avait fini par accepter la douleur contre laquelle on ne pouvait lutter que subissait sa mère, comme unique moyen de faire accepter à cette femme pleine de vitalité la mort qui devait l'emporter.Tes coups de colère sur ton blog, ton dernier billet "dildo diaries" témoignent malgré tout chez toi d'une belle vitalité.Take care.
O
A défaut d'être un naufrage, le vieillissement se lit sur notre corps. Comme toi il m'a fallu un peu de temps avant de réaliser que je ne pouvais plus prétendre à demeurer étrenellem nt un jeune adulte.Les premiers poils blancs, d'abord dans la barbe, puis les cheveux, sur la poitrine ... aie aie je ressemblais à mon père!A propos de poils, la velléité de combattre leur extension sur mon dos a rapidement pris fin. Je suis d'ailleurs content de voir le retour à la mode de la pilosité chez l'homme. Y en avait marre de cette dictature des corps imberbes, épilés.L'expo à St Etienne me tente bien et dans ce registre je me souviens d'une expo au musée Dapper sur les signes du corps.Ce photographe montrait des photos de tatoués, de scarifications, piercings et autres cutting/branding ! saisissant. http://www.soldeville.com/pages/fin.htm
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T
"Puissante consolation" que "de se dire qu'il nous arrive ce qu'ont subi avant nous [...] toutes les créatures" ! (Cf Sénèque)Comme toi, j'ai aussi connu l'expérience un brin traumatisante d'entrevoir dans un reflet de verre un visage qui n'était plus tout à fait le mien et qui ressemblait fortement à quelqu'un que je connaissais bien, mon père. Bon ceci étant, depuis quelques jours, je me trouve pas si mal.Bonne idée de citer cette exposition au musée Dapper que j'ai manquée, malgré l'attrait de son thème, en particulier les photos d'Alain Soldeville (Paroles du corps)