Les ruses de la mémoire

Publié le 30 Août 2008



 Autoportrait avec vanités - David Bailly 1651


Le souvenir est comme un chien qui se couche où il lui plaît. Cees_Nooteboom Rituels

 

Tout a été dit sur ce joyau qu’est le film Valse avec Bachir d’Ari Folman, cette enquête « psychanalytique » de son auteur pour retrouver une partie de la vie effacée de sa mémoire, celle de ses 20 ans, alors qu’il était soldat mobilisé au Liban.

Comme Brian dans Mysterious skin de Greg Araki, loin d’être hanté par le traumatisme vécu, il est protégé par l’amnésie, jusqu’à ce que ses nuits soient perturbées par un cauchemar récurrent, effrayant et énigmatique...

 

Au moment où le film sortait dans les salles, paraissait la traduction française d’un livre, non sans lien avec le film d’Ari Folman, le très mal titré  Pourquoi la vie passe plus vite à mesure qu'on vieillit de Douwe Draaisma – tellement mal[1] que l’éditeur a ressenti le besoin de rajouter un bandeau, sur le contenu de l’ouvrage : « les ruses de la mémoire ».


En fait, le sous titre de la première édition néerlandaise  « over het autobiografische geheugen » (« à propos de la mémoire autobiographique ») était relativement clair : il est question dans ce livre du fonctionnement de la mémoire autobiographique, à savoir de la mémoire de toutes les informations personnelles relatives à notre passé.

 

 


 

« A la fois carnet de bord et carnet d’oubli », nous dit l’auteur, « rapporteur indiscipliné », la mémoire autobiographique est « régie par de mystérieuses lois ».

Le propos du livre est d’en éclaircir les mécanismes dans les limites des connaissances actuelles, celles de la psychologie - Douwe Draaisma est professeur d’histoire de la psychologie – mais aussi en puisant dans d’autres sources, notamment dans la littérature.

 

Malgré sa rigueur intellectuelle, ce livre bien écrit devrait intéresser un large public à la fois parce que nous sommes nombreux à nous être posés les questions à laquelle tente de répondre son auteur (notamment celles concernant les trahisons de la mémoire[2]), mais aussi parce que la mémoire autobiographique joue un rôle fondamental dans la construction de notre sentiment d'identité et de continuité de notre existence.

 

 

 

Allégorie du temps gouverné par la prudence Le Titien

 

 

EXTRAIT

Chapitre 13 – Réminiscences

 

Où il s’agit d’expliquer pourquoi des sujets âgés se souviennent surtout de souvenirs de choses vécues entre leur 15e et 25e année.

 

Dans la littérature psychologique circulent trois théories sur l’effet de réminiscence. Tout d’abord, c’est vers l’âge de 20 ans que la mémoire est au meilleur de sa forme sur le plan neurophysiologique. Sa faculté d’assimilation est alors presque illimitée, et ce qu’on vit s’y accroche sans peine. C’est à cette époque qu’on emmagasine le plus de souvenirs, si bien que par la suite, durant un bon demi-siècle, la chance de les voir resurgir est beaucoup plus grande. Une explication tentante, mais probablement erronée. Si la qualité de la mémoire était le facteur principal, la bosse de la réminiscence devrait apparaître quelque dix ans plus tôt (référence à un histogramme du nombre de souvenirs par classes d’âge), période à laquelle, comme le démontrent les enquêtes, la mémoire « accroche » le plus.

 

Une seconde explication pourrait être qu’entre la quinzième et la vingt-cinquième année on expérimente plus de choses qui sont dignes d’êtres retenues. [...] La majorité des souvenirs est en rapport avec les « premières fois » en tout genre. Non seulement « la » première fois, mais aussi le premier baiser, les premières règles, la première conférence, les premières vacances sans les parents, la première leçon de conduite, le premier spectacle d’un défunt, le premier jour de travail – bon nombre de souvenir de premières fois conservent la clarté d’un souvenir flash. Sans doute y aura-t-il d’autres premières fois, plus tard – les premiers cheveux gris, les premières bouffées de chaleur-, mais elles se raréfieront avec les années.

 

Troisième hypothèse : les évènements qui se produisent dans la jeunesse et au début de l’âge adulte modèlent la personnalité, déterminent l’identité, orientent le cours de la vie. Le hasard des rencontres, un livre qui vous marque, une conversation profonde : tout cela fait qu’on découvre soudain ce qu’on veut devenir. C’est à ce type d’évènements qu’on est le plus réceptif durant ces années-là. Ainsi l’individu d’âge mûr se souviendra surtout des évènements qui ont fait de lui ce qu’il est devenu. Cette adéquation entre le moi actuel et les expériences qui l’ont constitué oriente tout naturellement vers la jeunesse les associations qui sont faites dans la vieillesse. D’après cette théorie, les personnes âgées qui regardent en arrière se souviennent en priorité d’épisodes qui s’intègrent dans le récit de leur vie. Inversement, la manière dont ils la racontent détermine et corrobore leur identité propre.

 

 

 

Falling green Mcginley


 

 Pourquoi la vie passe plus vite à mesure qu'on vieillit de Douwe Draaisma

http://www.liberation.fr/ J'ai la mémoire qui planche

Hypothèses sur les fonctions de la mémoire autobiographique :

Sciences Humaines.com/ Se souvenir pour anticiper  

 

Notesgaydethomas.over-blog.com/ Des blogs aux "récits de vie" des néo humains de Michel Houellebecq


Valse avec Bachir

 Le monde.fr/  Freud au chevet de soldats israeliens dans la guerre du Liban en 1982

Le Monde.fr/ Dans l'inconscient douloureux d'un soldat d'Israël

Télérama.fr/ Valse avec Bachir

Les faits

Le Monde Diplomatique.fr/ Le massacre de Sabra et Chatila

Miousik

Youtube.com PILL This is not a love song 1983

Youtube.com/ Orchestral Manoeuvres in the Dark Enola Gay 1980

Autre film

Notesgaydethomas/ The Bubble d'Eytan Fox

 

 

Rédigé par Thomas Querqy

Publié dans #les années, #ciné-séries, #livres, #culture gay

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