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Publié le 18 Novembre 2025

élections législatives à Chisinau en Moldavie le 28-9-25, AP

élections législatives à Chisinau en Moldavie le 28-9-25, AP

Ce soir-là, elle a dit quelque chose au dîner qui m’a marquée. Elle a dit que, quand on atteignait la soixantaine, on devait tous apprendre à affronter la mort de nos parents. Que ça fait partie de tous les trucs cauchemardesques auxquels personne n’échappe, passé cet âge. Et honnêtement, à sa façon d’en parler, perdre son père – décédé paisiblement dans un lit d’hôpital londonien – l’avait affectée au moins autant que moi, même si dans mon cas les circonstances étaient particulièrement brutales et étranges.

« Les preuves de mon innocence » écrit par Jonathan Coe

Mieczysław Weinberg, rhapsodie sur des thèmes moldaves op. 47/3 (Tassilo Probst - Jewish Chamber Orchestra Munich, Daniel Grossmann)

 

L’ultime expérience humaine

 

Depuis la fin de ce bel été, depuis qu’un sale cancer mal placé sur un organe vital non opérable a été détecté dans le ventre de notre mère, ses jours sont comptés sans qu’on ne puisse connaître le crédit dont elle dispose. L’oncologue de l’hôpital lui a mollement proposé une chimiothérapie mais avec un espoir de temps gagné bien faible au regard de sa prévisible pénibilité. Sans hésiter, notre mère l’a refusée. Une HAD a été mise en place pour le jour où elle sera nécessaire. Une personne à ses côtés sera nécessaire, ce sera donc moi, le seul de mes frères et sœur pouvant se rendre disponible.

Alors que je séjournais chez elle pour la soutenir et soulager ma sœur (bien que cela semble se perdre en Chine, on a notre côté « chinois » dans la famille), je l’ai entendu dire aux nombreux visiteurs qu’elle recevait chez elle : « mon pauvre Thomas se demandait un peu ce qu’il allait faire de sa retraite, il se retrouve à devoir s’occuper de sa mère malade».

Alors c’est quoi la feuille de route ? Tant que la tumeur ne grossit pas de nouveau (elle fut désignée par le terme euphémisant de « masse ») et que le bricolage chirurgical reste efficace, s’efforcer de freiner l’amaigrissement en se nourrissant un minimum malgré la perte de goût et d’appétit, en avalant des enzymes facilitant la digestion, compléter avec les protéines prescrites, s’astreindre aussi à un effort physique journalier, en premier lieu de la marche. De la codéine et du paracétamol pour la douleur, psychique incluse (la codéine est une vieille compagne de ma mère), un peu d’anxiolytique.

Comme elle, on se trouve dans une situation d’incertitude maximale où son état, pour l’heure stabilisé, peut se détériorer du jour au lendemain.

 

Igor Vieru "Toamna la Cernoleuca" (Automne à Cernoleuca), 1979

 

Pourtant, lorsque Gabriel m’a parlé d’une 2e mission de deux jours à Chișinău, capitale de la Moldavie, j’ai sauté sur l’occasion de pouvoir l’accompagner, pourvu qu’on prolonge un peu le séjour. Statistiquement, 4 jours de pluie sont observés en moyenne en octobre, j’ai ainsi fait le pari de pouvoir sillonner cette ville très verte et toute en collines, en vélo électrique, pendant qu'il bosserait.

Soulagement, lorsque le parti proeuropéen de la présidente Maia Sandu a finalement obtenu un peu plus de 50 % des voix aux élections législatives le 28 septembre (avec 48 % d’abstentionnistes), loin devant le camp prorusse, mais gros doute sur la pertinence de mon voyage à la vue des prévisions météo durant le séjour : de très grosses pluies étaient annoncées.

La fiabilité des prévisions était malheureusement bonne : à l’aéroport, les Français s’engouffrèrent sous la pluie battante, dans le taxi surchauffé commandé par la délégation moldave venue les accueillir. J’ai eu largement le temps de commencer à faire connaissance avec les sympathiques collègues de Gabriel, car notre approche du centre ville et de l’hôtel fut très vite ralentie par les embouteillages qui empoisonnent la vie des automobilistes de la capitale moldave.

Avant ce séjour, ce petit pays m’évoquait un peu plus que la Syldavie du dessinateur Hergé, qui proviendrait de la contraction entre deux provinces historiques de la Roumanie : la Transylvanie et la Moldavie. Parce qu’à Berlin Est, au temps de la RDA, dans le restaurant de l’Alexander Platz, nous avions choisi du vin moldave plutôt que du géorgien, j’avais alors appris que la Moldavie et la Géorgie étaient de gros pays producteurs de vin de l’URSS. Au lendemain de l’effondrement des régimes communistes, j’avais eu aussi vent de l’ampleur de la prostitution forcée de femmes moldaves, voire d’enfants, proies faciles dans un pays très pauvre et rongé par le crime organisé. Un article du Point de 2012 relaie même l’affirmation du président d’une fondation de lutte contre l’exploitation sexuelle, selon laquelle 70% des femmes moldaves de 15 à 25 ans se seraient prostituées au moins une fois.

Ma perception géographique du pays restait pourtant un peu floue : je savais la Moldavie accolée à la Roumanie, qui possède elle-même une province appelée Moldavia, et avec qui le pays partage la langue roumaine et le nom de sa monnaie (Leu, pluriel Lei). De même, j’avais en tête qu’elle touchait l’Ukraine depuis que Gabriel, de retour de sa première mission là-bas, m’avait raconté que ses homologues moldaves avaient été réveillés dans la nuit du 24 février 2022 par les bombardements de « l’opération spéciale » de Poutine. En revanche, cela a été l’occasion pour moi de corriger une erreur grossière : la Moldavie n’a aucune frontière avec la Russie.

La Transnistrie, m’a sans doute induit en erreur : région industrielle historique, majoritairement peuplé de russophones, avec sa capitale Tiraspol, 2e ville moldave, « cet OVNI géopolitique », bande étroite de terre pro-russe à l’est de la Moldavie, ayant fait sécession en 1991 avec l’aide des Russes, qui ont toujours quelque 1500 soldats présents sur place depuis la guerre de 1992. Tout comme ce documentaire «La fabrique du mensonge, les agents de Poutine » narrant les recrutements effectués par la Russie en Moldavie, en premier lieu en Transnistrie, d’agents très bons marché au service de sa « guerre hybride » contre la France, notamment pour les opérations « étoiles de David bleues » et « mains rouge » qui sont parvenues à instrumentaliser pendant 48 heures la plupart des médias et certains politiques français qui en ont fait des tonnes sur ces « odieux actes antisémites », remettant une pièce dans l’islamophobie d’atmosphère prévalant en France, ce qui était l’objectif du Kremlin.

 

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Un garçon court devant la statue du fondateur de l'Union Soviétique Vladimir Lénine à Tiraspol, capitale de la région sécessionniste pro-russe de Transnistrie, en Moldavie, 1er novembre 2021, AP Photo Dmitri Lovetsky

 

Gabriel m’avait également raconté que ses homologues moldaves lui avaient dit que le pays comptait surtout des jeunes et des vieux, les parents étant souvent partis à l’étranger pour gagner leur vie (un quart des moldaves travaillent à l’étranger et les transferts de la diaspora moldave représenteraient 9 % du PIB en 2024). Peu avant de partir, mon compagnon avait d’ailleurs constaté que les travaux en cours dans l’immeuble où il a son bureau, étaient réalisés par des moldaves, sans doute par détachement de salariés d’une société roumaine.

 

Vas Golohvastov backstage

 

Jour 1 – Il pleuvait toujours comme vache qui pisse. Après avoir récupéré une carte SIM 100 Go dans une agence Orange non loin de l’hôtel, pour la modique somme de 50 Lei, soit 2,5 euros, j’ai rappelé ma mère par Whatsapp depuis la chambre. Elle paraissait aller moins bien que lorsque je l’avais quitté. Je crois même me souvenir qu’elle a étouffé un sanglot. Ce n’était peut-être pas l’idée du siècle que de venir ici... J’ai laissé aussi un message au loueur de vélo lui disant que je reviendrai vers lui quand le temps s’améliorera. Après un repérage des alentours à pieds sous parapluie, j’ai passé une bonne partie de l’après-midi à lire en ligne tout ce que je pouvais trouver sur ce pays complexe, ça me permettrait de nourrir la conversation au cours du dîner au restaurant offert par les diplomates français locaux (une des collègues de Gabriel a pris l’initiative de me faire inviter, demande acceptée sans problème, seul mon nom a été demandé).

 

Ghenadie Tâciuc "Seară" (Soirée) 1988, huile sur toile

 

Clandestin à Chișinău

 

De fait, la conversation avec nos deux hôtes soucieux de nous complaire, autour d’un excellent repas, bien arrosé d’un tout aussi délicieux vin local Fetească neagră, n’a souffert d’aucun silence tant les sujets abordés furent nombreux, notamment économiques : revenus moyens dans ce pays le plus pauvre d’Europe juste devant le Kosovo, contribution de la diaspora au revenu national, le choc de la guerre en Ukraine, le fardeau des réfugiés ukrainiens pour un si petit pays, la perte de débouchés régionaux, la forte inflation causées par les tensions sur l’immobilier et la flambée du prix de l’énergie.

Concernant les réfugiés, avec une population totale de seulement 2,5 millions d'habitants, le pays a vu plus d'un million de personnes en provenance d'Ukraine franchir sa frontière au début de la guerre, et plus de 100 000 réfugiés sont toujours accueillis, soit 4 % de la population résidente (pour le même pourcentage, la France devrait accueillir 2,7 millions de personnes).

Pour la question énergétique, la Moldavie, en premier lieu la Transnistrie, souffrent du changement des règles du jeu par les russes, hostiles à la politique pro-européenne du gouvernement moldave, consistant à lui fournir jusqu’à récemment, via Gazprom, l’essentiel de son gaz à prix très bas, transformé en électricité dans l’unique centrale moldave se trouvant en Transnistrie et couvrant 75 % des besoins en électricité du pays. Si la Moldavie s’est depuis tournée vers d’autres sources approvisionnements, mais à prix bien plus élevés (Roumanie et Azerbaïdjan pour le pétrole, Grèce et Bulgarie pour l’électricité), la Transnistrie ne peut en faire de même.

Et comme dans d’autres pays d’Europe Centrale et Orientale, les sanctions décidées par les États-Unis en octobre contre les pétroliers russes Lukoil et Rosneft qui y raffinent et distribuent une bonne part du carburant, placent de nouveau ces pays dans une situation délicate, permettant à la Russie d’exercer sa stratégie coutumière de chantage énergétique et d’y renforcer les sentiments pro-russes.

Autant dire que dans une telle situation géopolitique, les investissements internationaux ne se précipitent pas en Moldavie.

La Moldavie sous influence russe | Reportage | ARTE Regards 2025

 

La question linguistique a aussi été abordée, le roumain/moldave comme langue officielle, le russe parlé presque par tous, et autres langues minoritaires.

Comment expliquer alors la victoire du Parti action et solidarité (PAS), pro-européen de Maia Sandu aux législatives de fin septembre, malgré les ingérences russes d’une ampleur inédite s’appuyant sur les 25 % de la population favorable à la Russie, et une situation économique qui s’est dégradée ?

La présidente Maia Sandu a su convaincre que « ce scrutin était d’une importance existentielle face au “danger russe et que la seule issue était « le chemin européen ». En outre, « Maia Sandu a l’image d’une dirigeante incorruptible, qui s’est battue sans relâche contre les oligarques et jouit également d’une popularité à l’international ». Les votes au sein de la diaspora moldave qui émigre désormais majoritairement en Europe occidentale, et par conséquent très pro-européenne, a sans doute joué un rôle décisif dans le résultat final : 327 000 électeurs dont 82 % d'entre eux se sont prononcés en faveur de Maia Sandu. Selon les estimations, près de 600 000 à 1 million de Moldaves ont la double citoyenneté moldave et roumaine, dont la présidente, Maia Sandu, ce qui leur permet de travailler et de voyager dans l’UE, mais aussi de voter aux élections dans les deux pays.

Autosatisfecit : j’ai reçu les félicitations unanimes des Français pour ma contribution à la conversation, Gabriel a rajouté, ce que j’ai pensé à plusieurs reprises, « ils devaient vraiment se demander qui était ce type ayant rejoint la délégation française. »

 

Hôtel National à Chișinău, Moldavie, photo Emily Lush

 

Jour 2 – J’ai appelé ma mère avant que Gabriel ne descende prendre le taxi le conduisant à leur lieu de travail (il est ici une heure plus tôt qu’en France), j’ai mis le haut-parleur. Elle a mis un certain temps à décrocher et avait une voix pâteuse qu’on ne lui connaissait pas : elle avait gobé dans la nuit l’autre moitié de l’anxiolytique qu’elle prend au coucher, qui continuait à l’assommer. La conversation était difficile, elle me faisait me répéter. On ne l’y reprendra plus (la médecin traitante, qu’elle a pu finalement trouver par relation, lui a depuis prescrit un nouveau médoc avec la dose divisée par trois). Cet appel nous a laissé autant attristés qu’inquiets.

La pluie toujours en cette deuxième journée. La dominante du jour est de rejoindre en taxi les camarades travailleurs à la fin de leur mission à 15 heures pour une virée dans la cave de Cricova, l’une des plus grandes caves du monde. J’aurai dû prendre de la marge pour réserver le taxi, car 10 minutes avant l’heure du rendez-vous, la jeune réceptionniste m’a informé que le taxi venait d’annuler la course en raison des embouteillages. Si Gabriel et ses collègues n’avaient pas intercédé pour moi en obtenant qu'ils viennent me chercher, j’aurais non seulement manqué cette chouette visite (où l'on peut même voir une curiosité : une collection de bouteilles de Goering, prise de guerre de Staline), mais en plus le succulent dîner offert par la délégation moldave dans un salon privé du restaurant de la cave, cette fois-ci avec une conversation en anglais plutôt fluide.

Jour suivants – Ma mère a recouvré tous ses moyens, son état est stable et se réjouit d’avoir de nombreuses visites. Ouf ! Nous voilà rassurés ! La pluie ayant enfin cessé, j’ai renégocié la location des vélos électriques, avec lesquels on a sillonné à nos risques et périls le centre de la capitale (quelques rares pistes cyclables et de la bagnole partout). « Qu’est-ce que vous avez fait ? m’a demandé ma sœur – Rien d’extraordinaire, une errance urbaine en s’inspirant de l’article d’un blog, dans une ville pleine de parcs et de lacs ; avec Gabriel, ensemble, on ne s’ennuie jamais. »

 

La cave de Cricova en 1900, au temps de la Bessarabie

 

En quoi ce qu’il se passe en Moldavie mérite-t-il notre attention ? Pour Florent Parmentier, secrétaire général du CEVIPOF, et chercheur associé au Centre de géopolitique de HEC, la situation moldave, malgré ses spécificités, « préfigure les défis démocratiques auxquels l’Europe sera confrontée dans les années à venir ».

D’abord en raison du fait que, depuis juin 2022, que la Moldavie s’est engagée dans des négociations d’adhésion à l’Union Européenne, ce pays s’est transformé « en laboratoire des nouvelles formes de confrontation entre puissances rivales. » Moscou y déploie un arsenal sophistiqué d’influence : désinformation massive par des réseaux sociaux dopés à l’intelligence artificielle, corruption électorale à grande échelle, formation paramilitaire d’agitateurs en Serbie, chantage énergétique, tandis que l’Union européenne riposte par un soutien diplomatique et financier sans précédent.

La stratégie de déstabilisation hybride de la Russie peut prendre appui sur les divisions profondes qui traversent la société moldave. Au-delà de la question non résolue de la Transnistrie mais aussi des régions autonomes de la Gagaouzie, dont les populations sont majoritairement pro-russes et réticentes face au projet européen, notamment pour des raisons ethnolinguistiques, s’ajoutent les clivages urbain/rural et générationnel (les citadins, les jeunes et les expatriés sont davantage tentés par le modèle démocratique européen que les ruraux et personnes âgées plus pauvres et conservateurs), situation qui crée « une mosaïque complexe d’identités et d’appartenances qui complique la formation de majorités stables et cohérentes».

Toute proportion gardée, ça ne vous évoque rien ? « L’Archipel français » de Jérôme Fourquet, et cette Assemblée Nationale qui lui ressemble, bloquée par ses vents idéologiques antagonistes, renouant avec le pragmatisme seulement lorsqu’il s’agit de sauver des mandats, et toujours incapable de voter un budget s’inscrivant dans une trajectoire budgétaire raisonnable n'hypothéquant pas l'avenir.

Ensuite, la situation moldave donne à réfléchir car l’ampleur de l’entreprise de déstabilisation hybride de la Russie, conjuguée à celle des divisions au sein de la société moldave, a conduit le gouvernement de Maïa Sandu à prendre un certain nombre de mesures pour la combattre, en particulier celle d’interdire, deux jours avant les élections, pour illégalités avérées, deux partis pro-russes, nourrissant ainsi les accusations de dérive autoritaire de l’opposition, ainsi que la propagande pro-russe, selon laquelle la Moldavie ne serait plus une démocratie, mais un régime sous influence occidentale. Comme le souligne Florent Parmentier dans un autre article « La Moldavie, laboratoire de la double résilience démocratique », « le piège est redoutable : ne rien faire, c'est laisser le champ libre à la subversion ; agir, c’est risquer de paraître antidémocratique. »

Au-delà du cas moldave, se pose ainsi aux démocraties une question aussi paradoxale qu’essentielle : « jusqu’où peut-on restreindre les libertés pour mieux les protéger ? » Malheureusement en France, si l’on en croit le baromètre de la confiance politique du CEVIPOF, l’idée démocratique, et les libertés qui vont avec, battraient de l’aile :

  • 48 % des Français estiment que « rien n'avance en démocratie, il faudrait moins de démocratie et plus d'efficacité »,

  • 41 % approuvent l’idée d’un « homme fort qui n’a pas besoin des élections ou du Parlement», un score inégalé depuis 2017, il se trouve même 24 % des sondés pour appeler plus ou moins fortement de leur vœu « que l’armée dirige le pays »,

  • 73 % souhaitent « un vrai chef en France pour remettre de l’ordre », contre 60 % en Allemagne et en Italie.

 

Consternant ! 15 années de scolarité en moyenne pour arriver à ça ! Et c’était déjà le cas en 2019. Heureusement, France Inter veille à nous remonter le moral en nous parlant aujourd’hui de la Fédération Française des Trucs qui Marchent, qui détecte et met en lumière des initiatives locales, portées par des élus, qui réussissent et qui méritent d'être dupliquées partout dans le pays.

 

Joaquín Sorolla y Bastida, Mère, 1900, exposition "L'empire du sommeil" au musée Marmottan-Monet à Paris

 

A peine revenu de Chișinău, à sa demande, j’ai quitté Paris pour m’occuper de notre mère qui dépérissait. Ça faisait presque une semaine qu’en n’avalant pas grand-chose, elle perdait du poids : « peut-être que je mangerai plus volontiers si tu te mets aux fourneaux, et puis je me forcerai plus facilement à marcher avec toi. » J’ai passé avec elle une dizaine de jours (Gabriel nous a rejoint le week-end), à ne m’occuper que d’elle et de paperasses pour qu’elle puisse tirer sa révérence dans la paix (j’ai photographié ses « directives anticipées » contre l’acharnement thérapeutique pour rédiger les nôtres). Son état s’est amélioré jusqu’à ce qu’elle se sente mal au point de prendre un rendez-vous en urgence chez sa médecin. Comme elle, j’ai cru qu’on était bon pour l’HAD, mais non, ce n’était pas encore le moment, la médecin l’a rassurée : seul un réglage médicamenteux était nécessaire. Je l’ai quitté rasséréné d’autant que ses petits-enfants Maxime puis Pauline revenaient lui tenir compagnie après mon départ.

Notre mère qui a toujours fonctionné en mode projet (« sans projet, je suis morte », avait-elle l’habitude de dire), en est réduite à des objectifs très modestes  : « si mon état ne se dégrade pas, je viens avec vous en Ardèche pour Toussaint », ce qu’elle a pu faire entourée de la quinzaine de personnes réunies pour l’occasion, avec Jonathan en efficace chef de cuisine. Comme elle pète désormais relativement le feu (« ô temps suspend ton vol ! »), elle dit espérer tenir le coup jusqu’à Noël, qu’il va pour la première fois nous falloir organiser ; mais comment allons-nous pouvoir être à la hauteur de tous ces mets délicieux qu’elle nous préparait durant l’Avent ?

"Désenchantée" par Kate Ryan 2002 / Mylène Farmer 1991, entendu dans un café de Chișinău

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