Publié le 10 Janvier 2021

* Formule lue dans le billet  « ..les paralysés des vœux » de Guillemette Faure dans Le Monde magazine de ce week-end

 

  Une soirée de réveillon clandestine réunissait une cinquantaine d'amis sur un terrain agricole des hauteurs de Nice. Photo Laurent Carré. Divergence pour Libération
Une soirée de réveillon clandestine. Photo Laurent Carré. Divergence pour Libération

 

Chad Jackson - Hear The Drummer (Get Wicked) - 1990

Vivre n’est qu’un enchaînement de risques évités ! Si protéger devient liberticide, il faut interroger cette contradiction. Cette gestion de la pandémie dessine une manière d’être au monde, de faire partie du tissu social, qui n’est pas anodine. Se protéger doit-il se résumer à rester chez soi ? D’ailleurs, c’est quoi se protéger ? Si on met un voile sur cette question philosophique, on ouvre une autoroute aux complotistes, aux fascisants. Comment allons-nous nous rencontrer, nous étreindre à l’avenir ? Comme chez les animaux, nos gestes sont essentiels. Et quid de nos enfants auxquels on a enlevé deux ans de leur vie – à minima ?

Alex Lutz dans Télérama du 6 janvier 2020

 

En France, pour le gouvernement et les médias, l’affolement est toujours de mise face à la Covid (« situation sanitaire alarmante », « inquiétude », « état d’urgence sanitaire », « contaminations », « clusters à risque », « couvre-feu  avancé», « 3e vague »...), avec toujours le maintien  sine die de cette politique d'interdiction de contacts sociaux sans lesquels on devient chèvres, par le maintien de la fermeture des lieux culturels, de pratique sportive, des bars, restaurants et discothèques, des stations de ski, et des établissements d’enseignement supérieur. Comme dans la dystopie de Boualem Sansal, les alertes se succèdent, les dernières étant celles concernant « les effets des fêtes de fin d’année », « le variant anglais » et « le variant sud-africain ».

Plus que jamais, je fais miennes les phrases du philosophe André Comte-Sponville : « J’aime mieux attraper le Covid-19 dans un pays libre qu’y échapper dans un État totalitaire ! » et celle du psychanalyste Michel Rosenzweig : « Nous avons basculé dans un univers de précaution absolue visant l’asepsie et le risque zéro pour préserver la vie et nous sommes en réalité en train de perdre la vie. Car la vie n’est pas la survie. »

Dans le passé, on isolait les malades et pour un certain temps les personnes suspectées d’avoir été contaminées, avec la Covid on continue à confiner toute la population pour une maladie dont l’âge médian des personnes décédées est de 85 ans et dont 80% ont plus de 75 ans (tout un symbole que le gouvernement ne communique pas sur l'âge moyen des morts de la Covid accompagné de son écart-type !), avec un objectif de dingue, celui de « stopper la circulation de ce virus » (mesurée par les « contaminations », à savoir les tests positifs), « en attendant le vaccin ».

Même si on a perçu ça et là quelques concessions conservatrices faites à sa politique avant tout guidée par un principe de précaution « sanitaire » (du genre Noël en famille avec papa, maman, les deux gosses et les deux mamies survivantes, mais pas de St Sylvestre avec les copains), ce gouvernement n’a toujours pas intégré dans sa gouvernance un principe de précaution concernant les dommages économiques, sociaux, et sur la santé mentale de la population, en particulier chez les jeunes qu’il génère par sa politique, autre que celui consistant à arroser d’« argent magique » entreprises et personnes empêchées de travailler, emprunté pour financer le puits devenu sans fond des déficits et dettes publics

 

MORTIIS Obey Mask
MORTIIS Obey Mask

 

Toutes les mesures restrictives qui nous empêchent de vivre visent la réduction des contacts sociaux, en premier lieu dans les lieux confinés. Avec l’arrivée de l’hiver, et l’augmentation des hospitalisations, à mon grand dam, les gouvernements des pays européens semblent s’y être désormais presque tous plus ou moins mis selon des cocktails qui continuent d’interroger leur pertinence. A cet égard, il n’existe toujours pas d’études évaluant l’efficacité de l’obligation du port du masque dans les rues, d’un couvre-feu (à 23 heures ? 21 heures ? 20 heures ou 18 heures ?), ou de mise en évidence de clusters dans les salles de spectacle ou de cinéma, où l’on passe maximum deux heures, masqués, sans ouvrir sa gueule, en se tournant le dos et avec jauge réduite, ou encore de clients tombés gravement malades pour avoir fait un cours collectif de fitness.

Dans le détail, c’est quasi impossible d’obtenir des médias de référence français un état détaillé régulier des privations de liberté dans les autres pays européens : à les lire, ailleurs c’est comme chez nous ou ça le sera bientôt car ces pays ont tort. Or il semble qu’il peut faire meilleur vivre dans d’autres pays (je ne parle même plus de la Suède définitivement ostracisée pour avoir été le seul pays à conduire une politique sanitaire radicalement opposée à celle du monde entier, pour un bilan global que je continue à percevoir comme infiniment meilleur).

Deux exemples. Lors d’un apéro en visio avant Noël avec nos potes Raph et Irina, personnes à risque autoconfinés avec leur gamin depuis 10 mois au Luxembourg, quelle ne fut pas ma surprise d’apprendre que, contrairement à ce qu’il se passait de notre côté de la frontière, la vie continuait au Paradis. Juste après, le 26 décembre, les Luxembourgeois se sont bien pris un petit coup de restrictions, mais ça y est, c’est déjà presque fini, retour en salles de sport, au spectacle,... avec des arguments qu’on aimerait tellement entendre de la bouche de nos gouvernants…

Mais ce n’est pas tout, H. l’entrepreneur qui va nous faire la rénovation d’un appartement, parti pour les fêtes avec son compagnon à Alicante où ils ont un pied à terre, nous a montré des vidéos d’une ville où cafés et restaurants débordaient d’une clientèle joyeuse. Moi qui croyait que l’Espagne ne plaisantait pas avec la « muerte » !

 

La maladie qui n'existe pas - Catherine et Liliane - CANAL+

 

La propagation en Europe de telles mesures restrictives des libertés avec l’arrivée de l’hiver, malgré les résultats plus que mitigés de ceux qui les ont mises en œuvre en premier (port de masque dans la rue à Paris depuis le 10 Août par secteurs puis le 28 partout, plus de gym depuis le 25 septembre, bars et restaurants, lieux culturels fermés depuis le reconfinement du 29 octobre), y compris dans des pays que leur culture protestante semblait protéger de ces excès, s’explique probablement par une certaine panique face aux effets délétères de ce qu’il est convenu d’appeler « deuxième vague ». La pression d’une opinion publique majoritairement inquiète exprimant son désir de « serrage de vis » et le bout du tunnel se rapprochant avec l’arrivée des vaccins, ont pu faire le reste.

Pour autant, il est permis de se demander si ces décisions des pouvoirs publics ne relèvent pas tout simplement de comportements moutonniers de gouvernements sommés d’agir, au risque d’être poursuivis devant la justice (puisque nous étions « en guerre » et qu’on nous a supprimé la plupart de nos libertés publiques, je n’ai pas compris pourquoi ce droit n’a pas été suspendu), tout en ne sachant pas trop quoi faire, et qui ont politiquement plus à perdre de faire autrement que le plus grand nombre (la Suède en sait quelque chose). Ces comportements mimétiques sont observés depuis longtemps sur les marchés financiers : en l’absence d’information, en particulier en période de grande incertitude, comme l’économiste John Maynard Keynes avait coutume de le dire, "il vaut mieux avoir tort avec tout le monde que raison tout seul".

 

 

Quoi d’autre sur ce début 2021 qui pour l’heure n’est guère différent au quotidien de l’annus horribilis précédente, bien que cette maladie dans sa forme mortelle soit toujours aussi invisible dans notre petite vie ?

La mère de Gabriel, 91 ans, a fait un AVC auquel elle a réchappé sans dommage grâce à la présence de Manue, la soeur de Gabriel, qui lui rendait visite et qui a immédiatement appelé le SAMU en avisant son visage déformé. Ma belle-mère a eu plus de chance que la mère de H., elle aussi dans le « grand âge », a qui il est arrivé la même chose mais qui a chopé en plus la Covid à l’hosto, ce qui lui a valu 15 jours de réanimation. Quant au lycée, la proviseure m’a glissé que depuis le reconfinement, elle avait eu connaissance en tout et pour tout d’un « cas », naturellement bénin.

Quoi d’autre encore  ? J’ai déjà dit tout le mal que je pensais de l’indicateur « nombre de contaminations » asséné un peu partout, de l’hyperinflation de tests qui allait avec, et du fait qu’on ne parlait que des entrées à l’hôpital et en réanimation mais pas des sorties, et bien si l'on en croit le Canard Enchaîné, « 63% des personnes positives aux tests rapides ne le sont pas » « et des lits fantômes infectent certains hôpitaux ».

Quant, à « la clé de sortie de crise », la vaccination, en France, force est de reconnaître qu’on a démarré plutôt mollement, à ce rythme, même rendue obligatoire, les anti-vax n’ont aucun souci à se faire. Est-ce parce qu’il a été choisi de vacciner d’abord les plus âgés ? Cela n’a pas été beaucoup relayé, ni discuté, mais il est intéressant d’apprendre qu’un pays, l’Indonésie, a choisi de faire le contraire : écarter les plus âgés et vacciner prioritairement la population active.

 

Photo Camille McOuat pour Libération
Photo Camille McOuat pour Libération

 

Comme il faut rester résolument positif et optimiste, ne serait-ce que pour nos gamins (je n’en ai pas mais j’aime bien la phrase que j’ai piquée à Gilles Lellouche dans l’Obs du 17/12), je vais remercier la Covid d’avoir empêché Gabriel d’aller prendre son nouveau poste à l’étranger, comme ça je peux encore profiter de sa présence joyeuse. Le pauvre ! Pour lui, ce n’est vraiment pas rigolo d’être toute la journée avec un casque micro sur la tête à causer English à des gens qui ont l’air sympas mais qu’il n’a jamais vus en chair et en os ; heureusement, il peut toujours compter sur moi après le boulot pour aller faire une heure de Vélib de défoulement le long du canal de l’Ourcq ou du canal de Saint Denis.

Je reconnais par contre avoir voué aux gémonies, cette putain de Covid, quand nous nous sommes résolus à reporter de nouveau le voyage aux Canaries replanifié avant le reconfinement, un test PCR de moins de 72 heures à fournir aux espagnols, avec Noël au milieu, nous ayant finalement paru trop risqué. Mais à quelque chose, malheur est bon, pour la nuit du réveillon, on a fait en Ardèche une vraie fête avec des jeunots, grâce à Maxime, Anna et leurs meilleurs amis, et ça nous a fait un bien fou.

Prêts pour la comédie musicale de l'année ? - Broute - CANAL+

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